Claude Monet, Les Nymphéas – Musée de l’Orangerie

Claude Monet, Les Nymphéas
Musée de l’Orangerie

   J’adore venir dans les salles des Nymphéas de l’Orangerie, m’asseoir et observer les visiteurs. La plus grande majorité d’entre eux, smartphone ou appareil photo à la main, tentent de saisir insatiablement ces immenses bandes de toile qui dépassent de n’importe quel cadre. Certains prennent des perspectives, d’autres préfèrent s’attarder sur des détails, d’autres encore font des selfies ou portraiturent leurs amis. Mais combien d’entre eux regardent véritablement ces fabuleuses bandes de couleur et de lumière ? Combien s’attardent à rêvasser en plongeant leur regard dans le bleu profond d’une vague ou dans un nénuphar beige ?

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L’écran comme dispositif de présentation et de médiation. L’exemple du Musée de l’Homme.

   Mon mémoire d’étude de Première année de Deuxième Cycle à l’Ecole du Louvre que j’ai rédigé durant l’année scolaire 2015/2016 sous la direction de Cécilia Hurley s’intitule L’écran comme dispositif de présentation et de médiation. L’exemple du Musée de l’Homme. Vous pouvez le consulter en ligne en cliquant sur le titre. Les Annexes sont consultables également. 

Musée océanographique de Monaco

   Je n’ai pas fait beaucoup d’expositions ni de musées cet été mais c’est bientôt la rentrée (seulement dans dix jours pour moi) et je vais reprendre assidûment la fréquentation de lieux d’expositions.
Musée océanographique de Monaco
   Une des visites qui m’a le plus marqué cet été est celle du Musée Océanographique de Monaco. J’avais décidé de ne pas faire d’article dessus au début, mais je souhaitais quand même mettre quelques photos et vidéos de cette prouesse de mise en scène qui est à la fois très attractive, pédagogique, interactive et esthétique. Je ne rentrerai pas dans les détails, je préfère juste commenter brièvement les photos et vidéos que je mets ici, et vous dire d’y aller un jour dans votre vie.
   Les espaces de collection sont situés au 1er étage du musée, le RDC et le niveau -1 étant occupés par un aquarium.
   L’entrée de cet étage s’ouvre sur une oeuvre de Mark Dion datant de 2011, Oceanomania. C’est un gigantesque cabinet de curiosités de 180m² savamment agencé sur tout le mur. Un panneau nous explique :

[…] 
Il rend compte de manière magistrale et sensible de la
richesse du patrimoine du Musée et de la diversité de ses collections.
Le cabinet de curiosités Océanomania témoigne ainsi de l’alliance
réussie de l’art et de la science au sein du temple de la mer.
[…]
   C’est tout simplement le plus grand cabinet de curiosités marin du monde. Ce bel ensemble se trouve derrière une mâchoire géante de Mégalodon derrière laquelle est installé un gradin sur lequel on peut monter pour se faire prendre en photo comme si nous étions avalés par ces énormes dents de la mer (désolée pour le selfie mais c’est pour illustrer mon propos).
   A gauche se situe la Salle Albert Ier, dédiée à ce prince amoureux des fonds marins qui les a étudiés et a créé ce musée. Dans un style un peu ancien, on y retrouve les premiers appareils scientifiques servant aux observations marines, des photos en noir et blanc, une reconstitution de la cabine du prince dans son bateau, etc.
Salle Albert Ier
   A droite de trouve la salle de la Baleine, qui, bien qu’étant architecturalement exactement identique à la salle Albert Ier, contraste fortement avec cette dernière par sa muséographie très moderne et interactive, utilisation à foison les tablettes à la place de cartels, un écran panoramique géant interactif où, en se plaçant sur les endroits indiqués, nous pouvons avoir un descriptif de tel ou tel requin, et enfin des squelettes d’animaux marins dans un état de conservation excellent qui semblent planer dans la salle. 
Salle de la Baleine
Ecran panoramique géant interractif
Vue depuis la mezzanine
   Chose inattendue, et impressionnante, une fois par heure, une animation son et lumière extraordinaire d’une dizaine de minutes anime ces ossements jusqu’au point de leur donner vie. La salle, plongée tantôt dans le noir tantôt dans une lumière colorée voit les baleines, les requins et les bélugas éclairés et animés par des couleurs qui font penser à des aurores boréales. Le texte récité – en français et en anglais – nous plonge pendant cet intervalle de temps dans un monde marin féerique d’où l’on peine à sortir lorsque le mapping se termine. C’est un véritable conte de fées qui a lieu toutes les heures dans cette salle pour le faire pleinement profiter tous les visiteurs.
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=HtNJ0oJhksg]
   Les moyens financiers déployés à cet étage de l’Institut océanographique de Monaco, ont permis de créer un musée ludique, vivant et aux multiples facettes, ayant su préserver une unité harmonieuse sur l’ensemble de l’étage tout en proposant une muséographie variée et évolutive qui doit sans doute laisser satisfait les visiteurs les plus divers, du spécialiste des fonds marins féru de science à l’enfant fatigué qui se laisse vite dissiper. Pour moi cette visite fut vraiment un coup de coeur ; c’est en visitant des endroits comme ça que j’ai envie de faire de la scénographie d’expositions !

Musée des Beaux Arts de Nice Jules Chéret : exposition Raoul Dufy

Musée des Beaux Arts de Nice Jules Chéret
et son exposition Raoul Dufy, la promenade comme motif, jusqu’au 4 octobre 2015
   Dans le cadre de l’inscription de la promenade des Anglais au patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville de Nice organise dans tous les musées et galeries des expositions en rapport avec cette mythique avenue (en savoir plus ici). Actuellement, au musée Jules Chéret se déroule au premier étage une exposition consacrée à Raoul Dufy.

Jean Coulon – Hébé, plâtre

   J’ai débuté ma visite par le premier étage où se trouve l’expo. Une belle scénographie d’introduction nous y mène : une grande sculpture en plâtre de Jean Coulon nous accueille au palier de repos au sommet du premier escalier. Celle-ci est entourée de miroirs permettant de la visionner de tous les cotés sans tourner autour en profitant du jeu optique. Deux bras d’escalier mènent ensuite à l’étage où une grande salle illuminée par une baie vitrée allant du sol au plafond nous présente deux sculptures de Rodin (Le Baiser et l’Age d’airain) qui sont sublimées par la lumière naturelle.

   Nous pénétrons ensuite dans les salles consacrées à l’exposition de Raoul Dufy et à ses œuvres célébrant la baie des Anges et la mer. Une belle coloration des murs aux tons marins – bleu, violet, blanc et mauve – mettent en valeur les toiles où se retrouvent ces couleurs pastel. J’ai apprécié le choix d’une bande colorée mauve sur fond blanc pour accrocher les toiles, qui met les tableaux davantage en valeur qu’un mur monochrome.

   Les tapisseries et les vases sont rehaussés par un accrochage assez simple : une des tapisseries est simplement suspendue sans cadre, tel un rideau, à coté de l’huile sur toile ayant servi de modèle. Les céramiques de la dernière salle sont présentées sous verre sur des socles individuels de taille variable et décalés les uns par rapport aux autres ce qui donne une impression à la fois de simplicité et de dynamisme.

Huile sur toile de Dufy et tapisserie d’après le tableau

   Le parcours continue avec une des pièces phare des collections du musée : un Christ en croix de Bronzino et des retables régionaux séparés de la première partie du premier étage par des voiles blancs opaques que l’on trouve également à l’entrée de l’exposition de Dufy. Dans cette salle consacrée à l’art sacré un éclairage venant de l’intérieur des rambardes crée une atmosphère un brin mystique puisque l’ombre des cadres des vieux retables est projetée aux murs et forme des sortes de tours gothiques.

Salle d’art sacré
   Suivent ensuite deux salles à l’ambiance différente, avec un sol recouvert de parquet et un éclairage plus traditionnel. L’une est consacrée à l’école de Barbizon et est aux couleurs vertes et l’autre aux arts asiatiques dans une tonalité corail soutenu rappelant l’exotisme de cette région lointaine. De petites estampes de Hokusai sont présentées dans une vitrine centrale, et une grande peinture à l’encre et couleurs sur soie de 16 mètres (Le Voyage d’inspection de l’empereur Qianlong dans le sud de la Chine) à la qualité exceptionnelle est présenté sous vitrine avec au dessus un écran montrant certaines scènes non visibles par les visiteurs.
   La dernière salle de l’étage est consacrée à Jules Chéret, un peintre et affichiste mort à Nice en 1932 et qui a donné son nom au musée. Ses toiles aux colorations acides sont accrochées sur des murs couleur bleu nuit formant un fort contraste des meubles et des objets décorés par cet artistes ornent également cette salle ce qui en fait l’espace le plus accueillant de l’étage car rappelant un salon du 19ème siècle.

Salle consacrée à Jules Chéret

    On quitte le premier étage en passant entre les voiles de la salle consacrée à l’art religieux puis par le grand hall vitragé. En descendant l’escalier on ne peut s’empêcher de s’arreter de nouveau devant les reflets multiples de l’oeuvre de Coulon.

Rez-de-Chaussée
   En descendant au rez-de chaussée, on est attiré par la belle lumière verte du jardin d’hiver où un piano Erard décoré par deux artistes ainsi que des sculptures du 19e siècle sont présentés. La verrière laisse passer les rayons du soleils qui donnent une agréable impression d’apaisement, consolidée par les quelques plates en pot qui ornent les angles de la salle.

Le jardin d’hiver

   Le restant du rez-de chaussée est plus classique : murs blancs présentant des tableaux des XVIIIe et XIXe siècles. À noter dans la scénographie : des bouts de fresque en trompe l’oeil qui semblent émerger du mur au dessus des tableaux, ainsi qu’une double encadrement assez singulier pour un petit Delacroix afin de le mettre davantage en valeur.

   Le parcours, pas très riche en œuvres d’art donne finalement l’impression d’une collection étoffée, car savamment agencée et présentée à certains endroits avec beaucoup de gout et de subtilité ne serait-ce que dans le choix des couleurs des supports ou dans l’articulation des différentes sections des collections.

Les points forts :

  • des œuvres placées à des endroits stratégiques dans les pièces palliant une collection pas très étendue
  • un choix très judicieux de couleurs pour les salles en fonction des thématiques présentées au 1er étage
  • toujours au 1er étage, un bel éclairage dans la salle d’art religieux 
  • la magnifique mise en scène de la sculpture de Coulon qui fait le lien entre le RDC et le 1er étage
  • un véritable jardin d’hiver dédié aux sculptures sublimé par un piano en plein milieu de la salle
Les points faibles :
  • des prises visibles avec parfois des parties mâle posées débranchées juste à coté, ce qui est disgracieux et dangereux
  • une assez forte disparité entre le 1er étage et le RDC, l’étage étant plus moderne
  • absence de prospectus et aide à la visite (plan, cartels avec descriptifs pour certaines œuvres, etc)