Henri Focillon – La conception modernes des musées,

   « Les musées sont ouverts au public pour qu’il y cultive sa sensibilité, pour qu’il y exalte son imagination. On ne va pas pour se renseigner dans les concerts : on essaie d’y être heureux. […] il faut que les musées soient considérés comme des espèces de concerts, il faut qu’on y apprenne à sentir avec profondeur, à imaginer avec richesse et diversité. […] Le public doit sortir des musées avec une notion accrue de la vie. […]
   L’essentiel c’est qu’un musée soit vivant […] : on vient ici, non pour juger, mais pour apprendre, et, plus encore que pour apprendre, pour être heureux et pour aimer. »

Henri Focillon – La conception modernes des musées
9ème Congrès International d’histoire de l’art, Paris, 1921.

Korea Now ! – Musée des Arts Décoratifs (Paris)

Korea Now ! Craft, design, mode et graphisme en Corée.
19 septembre 2015 – 3 janvier 2016
Musée des Arts Décoratifs, Paris

   Pour cette présentation, je vais me concentrer sur la partie de l’exposition située dans la nef du musée, qui est consacrée au Craft et au Design. Il y a aussi une section Mode, que j’ai parcouru trop rapidement, et une section Graphisme que je n’ai pas encore eu le temps de voir. La section Craft et Design est à mon sens la plus importante de l’exposition, et donc la plus mise en valeur, notamment par sa muséographie.

   L’entrée de la nef est décorée de pans de tissus blancs et du titre de l’expo avec la typographie stylisée propre à cette exposition. Cette identité graphique est frappante : on a presque du mal à la lire, mais cela permet de se concentrer sur les titres, et aussi dans l’exposition sur les noms des artistes, créateurs et designers Coréens qui ont des sonorités totalement différentes des nôtres.

   En revanche, le panneau d’entrée, situé à gauche des escaliers en entrant dans l’exposition n’est pas assez mis en valeur, avec un texte beaucoup trop petit, je ne l’ai vraiment remarqué que lors de ma deuxième visite. le texte d’introduction écrit d’un bloc en petits caractères m’a demandé pas mal d’efforts pour le lire jusqu’au bout…
Le panneau d’introduction à l’exposition, pas très mis en valeur

   La section Craft et Deign située dans la nef est divisée en 3 espaces. Le problème se pose alors de savoir par où commencer. On est forcément tenté de débuter par l’allée centrale ; c’est ce que j’ai fait lors de ma première visite mais cela m’a valu une section visitée à rebours par la suite. Il faut savoir que la section de droite se visite depuis l’entrée et jusqu’au bout de la nef (est → ouest), et la section de gauche depuis le bout de la nef, jusqu’à l’entrée de l’exposition (ouest → est). Quant à l’année centrale, mieux vaut commencer depuis l’entrée (donc est → ouest). Ce qui fait qu’il est préférable de commencer par la galerie centrale en y faisant l’aller-retour, poursuivre par la galerie de droite pour enfin terminer par la galerie de gauche.

   Ces problèmes de circulation ne posent pas de problèmes majeurs en cas d’erreur, puisque le parcours n’est pas chronologique, mais certains éléments pourraient nous échapper, comme l’explication des différentes techniques de fabrication dans la galerie de droite.

   La section centrale présente sur un beau soclage type showroom avec des piédestaux, et des socles-vitrines rappelant la thématique extrême-orientale par l’utilisation de parois illuminées faisant penser à la transparence de paravents asiatiques. Des créations extrêmement récentes – la plupart datent des années 2013-2015 – sont présentées en vedette ; c’est particulièrement le cas des trois premières séries d’objets, présentées dans des sortes d’écrins faisant un peu penser à des cadres de tableaux, donnant de suite une première impression monumentale de l’exposition.

   Ensuite, le mobilier présenté est disposé de manière plus irrégulière, nous donnant l’impression de passer d’une pièce à l’autre. Le blanc choisi pour la présentation met en valeur les objets très colorés qui y sont exposés. De plus le choix a été fait de présenter les meubles placés non pas à la manière d’oeuves mettant individuellement chaque objet en valeur mais de les présenter de la manière dont ils seraient agencés dans une pièce, ou alors en série.

   Après avoir parcouru cet espace central dans les deux sens, vous pouvez diriger dans la galerie située à droite de l’entrée. Une série de salles en enfilade y présente différentes techniques de décoration du mobilier (laque, hwagak, papier, etc.) ainsi que des bijoux. Ce parcours est très didactique et il n’y a que quelques objets par salle ce qui ne surcharge pas le discours tenu.
   En repassant par l’arrière de la nef centrale, on pénètre enfin dans les dernières salles de la section de l’exposition consacrée au Craft et au Design. Dans une grande salle d’un blanc immaculé sont présentées des céramiques contemporaines aux techniques de fabrication anciennes – certaines sont même inscrites au patrimoine culturel immatériel. Seul hic : le blanc de la salle a été rapidement sali par les traces de pas des visiteurs et gâche un peu la pureté du lieu. En revanche, lors de ma dernière visite, un soleil radieux pénétrait par les fenêtres et créait une ambiance surréaliste dans cette section.
   Le long de la paroi aux fenêtres, un banc s’étirant sur tout le long nous invite à la méditation dans ce lieu apaisant. 

   Dans la dernière salle du parcours, nous avons droit à une exposition dans l’exposition, Soban et bouilloire, avec une présentation du rituel du thé traditionnel coréen.

   On ressort de l’exposition avec une sensation apaisée et agréable. Le mobilier et les créations de designers présentées offrent un très large panorama de la création coréenne actuelle. En revanche, il serait ardu de poursuivre l’exposition par la section Mode et puis Graphisme avec la même attention qu’au début du parcours.

Les points forts de l’exposition :

  • la qualité du soclage, réalisé par Aïnu
  • les cartels en transparence avec une belle identité graphique et une mini-biographie des artistes

Les points faibles de l’exposition :

  • le texte de présentation de l’exposition, pas mis en valeur
  • l’hésitation quant au parcours à prendre 
  • la salle de céramiques d’un blanc immaculé, mais de couleur mat qui s’est sali
  • la hauteur d’une ou deux vitrines où les objets sont présentés à plat : pour les personnes de petite taille la visibilité n’est pas idéale

Warhol Unlimited – Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

Warhol Unlimited
2 octobre 2015 – 7 février 2016
Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

   J’ai eu la chance, grâce à mon stage en tant qu’assistante de rédaction chez ArchiDesignClub, d’assister au vernissage presse de l’exposition la veille de son ouverture. Je n’avais donc aucune excuse de ne pas faire d’article sur cette exposition.

   Je n’ai pas fait beaucoup d’expositions au MAM, et jamais dans cet espace là. Les commissaires de l’exposition ont axé le propos de cette rétrospective de Warhol sur son oeuvre sériel. Ils ont choisi de débuter l’exposition par deux oeuvres phares de l’artiste, à savoir des autoportraits pop et ses Campbell’s Soup. J’ai trouvé pertinent ce choix d’oeuvres, les premières étant la (re)présentation de l’artiste par lui-même au visiteur et la seconde une de ses oeuvres les plus emblématiques alliant le procédé de la série et la culture populaire à travers l’illustration d’un produit de consommation de masse américain.

Campbell’s Soup

   De cette première salle introductive, nous passons à un espace plus obscur où sont projetées plusieurs vidéos dans un espace assez restreint. Il s’agit des Screen Tests, portraits filmés réalisés par Andy Warhol de personnalités célèbres ou anonymes. Plongées dans la pénombre, mais pas dans le noir total, la présence de projections dès la deuxième salle est inhabituelle et projette d’emblée le visiteur dans la pluralité des travaux de cet artiste. Leur disposition et leur format (pas trop grand) invite le spectateur à circuler entre elles et à les regarder quasiment en même temps, à la manière de ses sérigraphies multiples, largement présentes dans la suite de l’exposition.

Electric Chairs sur papier peint vache

   Le troisième espace de l’exposition, le plus marquant selon moi, est celui où est exposée sa série d’Electric Chairs. Lors de son passage en 1971 à la Whitney Museum of American Art, Warhol choisit de tapisser l’ensemble des salles de ce papier peint criard représentant une tête de vache rose fushia sur fond jaune. Le contraste frappant entre le mur et le thème des sérigraphies qui y sont accrochées n’est pas décelable du premier coup d’oeil, ce qui crée cet effet de surprise lorsqu’on découvre de quoi il s’agit. N’étant pas un parti pris scénographique de l’exposition mais une reproduction de la mise en scène de l’artiste, cette salle provoque quand même une forte impression sur le visiteur.

Brillo boxes et Heinz boxes

   Nous sortons ensuite de cet espace qui forme un coude dans le circuit de l’exposition pour enchaîner sur plusieurs séries de l’artiste, notamment celles en trois dimensions – les Brillo Boxes et Heinz Boxes – mais aussi les portraits de Jackie Kennedy et sa série de Flowers. Le choix des formats et de l’accrochage – centré sur la répétition d’un même motif avec des cadres de même taille pour Jackie Kennedy, et au contraire sur la variation du motif pour les Flowers – font voir les différentes visées que cherchait à atteindre Warhol par ses séries.

Jackie Kennedy

Flowers
   Ce parcours sur la série sérigraphiée termine avec une salle dédiée à ses portraits de Mao, accrochés sur un papier peint représentant la tête de Mao. Un des murs a été recouvert avec 30 portraits du dirigeant chinois, en provenance du MoMa (qui ne savait pas qu’il en possédait autant !), et les trois autres murs présentent un accrochage plus traditionnel avec une seule ou deux effigies.

Mao

   On poursuit ensuite l’exposition à travers un long couloir avec des reproductions sur les murs d’affiches et photos inédites sur lesquelles nous n’avons pas le temps de s’attarder car nous sommes attirés par la musique provenant de la salle suivante. En y rentrant, nous sommes happés par quatre projections géantes nous enfermant ainsi dans un espace carré, diffusant un concert de l’emblématique groupe Velvet Underground, que Warhol à propulsé sur les devants de la scène. On peut s’asseoir quelques temps sur des sièges circulaires pour se plonger dans l’ambiance et se laisser porter par la musique.

Silver Clouds

   En sortant de cette « salle de concert », nous nous retrouvons propulsés dans un autre espace ambiancé : la Silver Factory, le célèbre atelier que l’artiste a créé en 1964. Rempli de Silver Clouds, sortes de coussins argentés gonflés et virevoltant dans les airs grâce à des souffleurs, l’espace parle à notre esprit enfant… peut être un peu, trop au point de nous faire oublier que ceci reste une installation de Warhol, et qu’il y a d’autres œuvres accrochées sur les murs (photos, reportages vidéo, etc.). Mais l’effet est bluffant et cet espace plein de vie et d’énergie est en somme assez séduisant.

   Après avoir franchi une dernière salle où une vidéo de Warhol est projetée, que l’on peut s’arrêter regarder sur des gradins (ce que je n’ai pas eu le temps de faire), nous pénétrons enfin dans la tant attendue salle des Shadows, qui est envoûtante. Les 102 tableaux, accrochés bord à bord s’étalent à perte de vue – la salle est en forme de L, on n’en voit pas le bout – sur 130 mètres de long. Mise à l’honneur dans tous les articles concernant l’exposition, j’était au début très sceptique quant à cette série, mais en la découvrant j’ai été conquise. On se laisse plonger dans ces toiles bichromes tantôt en les embrassant du regard tantôt en les observant une par une, et le temps de faire le tour de la salle, on a déjà passé de longues minutes dans l’environnement créé par ces peintures.
   Exposée pour la première fois en Europe, cette série Shadows produit un effet renversant et mérite donc toute la publicité qui a été faite autour d’elle.

   En sortant de l’exposition, nous avons droit de faire un petit autoportrait pop à la Andy Warhol dans une machine, à la manière d’un photo maton, moyennant une petite pièce. Un souvenir sympa et ludique à emporter pour se rappeler de cette exposition.
Points forts de l’exposition :
  • Les panneaux descriptifs des salles sont réalisés avec un beau graphisme et une illustration qui attire l’oeil et donne donc envie de le lire tout en le mettant en évidence
  • la vidéo, dont je ne suis pas partisane dans les expositions, est à mon avis très bien exploitée dans cette rétrospective, en étant présente à plusieurs stades du parcours et dans différents formats (grande projection, petit écran, etc.) en offrant un contenu très varié (concert, Screen Tests, interviews, etc.)
  • plus généralement, le choix pertinent est varié des oeuvre fait de cette exposition une belle rétrospective axée sur la thématique de la série, travail majeur d’Andy Warhol.
Points faibles de l’exposition :
  • Il n’y a pas assez d’espaces de repos, mais l’étroitesse des salles ne le permettrait pas
  • Il me semble qu’une introduction un peu plus large pour comprendre les origines et les visées du pop arts pour les visiteurs non initiés à ce courant aurait été la bienvenue
  • La surmédiatisation sur Shadows fait un peu oublier que cette exposition c’est aussi une belle rétrospective… à tel point que j’ai cru qu’il n’y aurait que les toiles en question ! 

Chagall, Soulages, Benzaken… Le vitrail contemporain – Cité de l’architecture et du patrimoine (Paris)

   Il faut vraiment que je me motive à visiter les expositions et surtout rédiger mes comptes rendus AVANT qu’elles ne terminent. Vous n’avez plus que deux jours pour voir l’expo dont je vais vous parler, mais elle s’inscrit bien dans la thématique des Journées Européennes du Patrimoine de cette année (patrimoine du XXIème siècle). Donc si vous ne savez pas quoi faire de votre week-end, allez-y ! 
Chagall, Soulages, Benzaken… Le vitrail contemporain
20 mai 2015 – 21 septembre 2015
Cité de l’architecture et du patrimoine
   Affectionnant la technique du vitrail, je suis allée voir cette exposition avec beaucoup de curiosité, et j’en attendais beaucoup. Et, surprise : je n’ai pas été déçue ! En effet, j’ai trouvé la scénographie extrêmement didactique et claire. Elle m’a fait penser à celle de l’exposition Fashion Mix, linéaire, traversant la grande salle voûtée de tout son long.

   En entrant dans l’exposition nous sommes envoûtés par le beau vitrail de Chagall, réalisé pour la cathédrale de Metz, premier site classé aux Monuments Historiques à commander ses vitraux aux artistes contemporains. 
Photo piquée sur cet article
   Les différentes sections de l’exposition retraçaient à merveille de manière synthétique l’arrivée, et les évolutions du vitrail contemporain dans les édifices religieux en France. Vous pouvez retrouver le PDF de l’aide à la visite avec tous les supports textuels ici. Ce parcours linéaire permettait de suivre la ligne directive de l’exposition en toute facilité et de la comprendre clairement.
   La première moitié de l’exposition est plutôt centrée sur l’apparition et le développement du vitrail contemporain alors que la seconde moitié est davantage dédiée aux techniques innovantes utilisées actuellement dans le vitrail. 
Photo piquée sur cet article
   La présence de plusieurs écrans diffusant de cours reportages vidéo et des photographies permettait de pallier complètement l’absence de certaines véritables verrières. Les nombreux objets exposés – photographies des artistes au travail, croquis au 1/10, spécimens de vitraux, complétaient de manière concise mais riche les propos tenus, en faisant en sorte de faire voyager le visiteur.
   Plusieurs objets exposés m’ont marqué : tout d’abord la la double paroi d’essai pour la nef octogonale de l’église du Souvenir du Kaiser Wilhelm à Berlin, édifice détruit par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. Une double dalle de verre a été créée dans l’édifice dont un spécimen est exposé ici. On pouvait voir sur le coté la manière dont ce mur de vitrail en dalle de verre est réalisé : ce sont des carreaux qui sont interchangeables à l’infini.
double paroi d’essai pour la nef octogonale de l’église du Souvenir du Kaiser Wilhelm à Berlin
double paroi d’essai pour la nef octogonale de l’église du Souvenir du Kaiser Wilhelm à Berlin
   Ensuite, le carton à l’échelle 1 réalisé par Viallat pour la cathédrale de Nevers. Bien que je n’aime pas beaucoup cet artiste, la réalisation d’un croquis taille réelle impressionne par ses dimensions. Un écran diffusant de nombreuses photos de l’intérieur de la cathédrale de Nevers montrent le résultats.
   Cette oeuvre, située à la moitié du parcours de l’exposition faisait le lien entre les deux grandes lignes directives abordées à savoir l’apparition et le développement du vitrail contemporain, et ses différentes directions prises dans la création contemporaine.

carton à l’échelle 1 réalisé par Viallat pour la cathédrale de Nevers visible dans le fond
   Dans la deuxième partie de l’exposition, le discours est donc axé davantage sur les recherches techniques et formelles du vitrail. Un exemple m’a particulièrement plu, celui de l’ancienne cathédrale Saint Pierre et Saint Paul à Villeneuve-lès-Maguelone que j’ai visité cet été : un verre monochrome thermoformé dont la surface reproduit le mouvement des vagues ; l’édifice religieux dont il est issu est situé sur une presqu’ile face à la mer Méditerranéenne.
vitrail de la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault)

cathédrale Saint Pierre et Saint Paul à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault)
   On a donc dans cette expo une approche très globale du vitrail contemporain, depuis son apparition et son acceptation dans les édifices religieux jusqu’à à recherche conceptuelle des artistes d’aujourd’hui, avec notamment un exemple du travail de Martial Raysse avec un spécimen et un vidéo de la création de son vitrail pixélisé, et même une création de cette année de Gérard Collin-Thiébaut pour la cathédrale de Saint-Gatien de Tours.

travail de Martial Raysse, 2000

travail de Gérard Collin-Thiébaut, 2015
   J’ai vraiment adoré cette exposition, où, malgré son apparente petite taille, j’ai passé plus d’une heure et demi.
   Vous pouvez consulter ici le dossier de presse de l’expo, qui comporte de nombreuses images.
Points forts de l’exposition :
  • des objets exposés variés, qui permettaient de se familiariser avec la création du vitrail et les différentes direction que celui-ci a pris
  • des supports visuels et textuels didactiques mais ne prenant pas le pas sur les œuvres exposées
  • un éclairage savamment équilibré entre les vitraux éclairés par derrière et les œuvres éclairées par devant, sans déséquilibre entre les différentes sections. L’éclairage a été réalisé par KKDC Paris
  • des créations très récentes parmi lesquelles une de cette année permettant de rentrer dans l’actualité
  • un espace dédié aux enfants où ceux-ci peuvent colorier et dessiner des vitraux en s’inspirant de ceux de l’exposition
Points faibles de l’exposition :
  • l’écran tactile de la fin de l’exposition, sensé répertorier tous les sites français présentant des vitraux contemporains avec des photographies ne fonctionnait pas
  • la salle de projection de plusieurs reportages vidéo en lien avec l’exposition est mal indiquée à la sortie ; je ne l’ai découvert que par hasard, en allant visiter un autre expo qui avait lieu en même temps. 

Fabrice Hyber – 2716,43795m² – Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc Rousillon (Sète)

Fabrice Hyber – 2716,43795m²
du 26 juin au 20 septembre 2015
Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc Rousillon (Sète)

   Le titre de l’exposition – 2716,43795m² – renvoie à la surface des murs exploitables du CRAC par les artistes lors des expositions. Cette désignation très mathématique – Hyber s’intéresse beaucoup aux mathématiques et à la physique – lorsqu’on en connait la signification, prend tout son sens une fois qu’on met les pieds dans la première salle de l’expo. La scénographie qu’a choisi Fabrice Hyber pour exposer tout son oeuvre des 35 dernières années est atypique : on est confronté à une frise ininterrompue de toiles accrochées sans cadre, se touchant, brutes, sans cadres, sans barrière entre elles et le visiteur.

   Au premier abord ce parti pris est violent pour le regard qui se retrouve submergé par toutes ces couleurs et ces formats différents accolés les uns aux autres. Je suis restée bredouille pendant deux à trois minutes dans cette première salle en ne sachant ou poser l’oeil. Puis, au bout de plusieurs instants, on s’y habitue, on commence à isoler une toile, deux toiles et à pouvoir en observer les détails, les nuances colorées, passer la la toile suivante, à celle d’après, et ainsi de suite. 

   Cette disposition permet de suivre l’évolution du travail de Hyber presque à la manière d’un film, comme si l’on déroulait une pellicule et qu’on s’arrêtait que des cadres qui nous plaisent pour essayer de les analyser ou les comprendre.

   Autre parti pris muséographique par Hyber, ce sont les cartels, qui n’en sont pas vraiment. Les noms des toiles sont marquées au fusain à même le mur, en dessous de chaque oeuvre, avec une titre en noir pour le français et rouge pour l’anglais (merci pour l’effort des titres bilingues !), et l’année.

   Les œuvres sont placées dans un ordre strictement chronologique. Pour faire suivre l’évolution du parcours au visiteur qui aurait tendance à se dissiper dans cet océan de toiles, Hyber a élaboré un parcours bien précis, qui ne se fait pas par salle mais qui suit le long des murs. On débute celui-ci par les premières salles du RDC, mais attention, que du coté droit ; on arrive alors jusqu’à l’escalier qui mène au première niveau qu’on emprunte ; on y longe les murs dans un ordre précis pour ensuite redescendre et poursuivre la visite de nouveau au rez-de-chaussée pour la terminer dans la première salle où ses premier et ses derniers travaux se retrouvent face à face. A l’entrée de l’exposition des feuilles plastifiées avec le parcours sont disponibles. Pour aider le visiter, Fabrice Hyber n’a pas hésité à dessiner de grandes flèches de directions sur les murs afin de nous guider.

   Enfin, dernier point marquant de l’exposition, ce sont les POF, ou Prototypes d’Objets en Fonctionnement. Ce sont des installations diverses – transats de jardin, chaises, cadres, guillotine factice, chaussures en vrac, estrades en bois – qui peuvent pour la plupart être manipulées par les spectateurs dans les salles. Ainsi, les chaises et transats permettent de faire une pause durant le parcours – et puis, ça a toujours été quelque part agréable de pouvoir se dire qu’on peut déplacer des objets faisant partie d’une expo.
   Des cadres permettent de faire des photos composées, que ce soit pour encadrer les œuvres de Hyber ou de faire des selfies débiles. Le Haché est une cabine métallique de la taille d’une cabine de téléphone où l’on peut rentrer pour observer les toiles à travers des lignes, des hachures. Enfin, l’un des premiers POF, qui se trouve à l’entrée de l’exposition est un stand de… tongs, que l’on peut chausser et changer avec d’autres chaussures que l’on trouve au fur et à mesure des salles. Ces POF égayent l’exposition et divertissent le spectateur qui pourrait peut être se retrouver un peu ennuyé par autant de choses à regarder durant ce long parcours.
   On ressort de ce parcours avec la double sensation d’avoir voyagé librement dans le temps et la tête de l’artiste, et d’avoir été très minutieusement dirigé par lui par le biais de ce parcours instauré – mais pas imposé.
   En outre, le travail de Fabrice Hyber, s’il ne m’a pas touchée dès les premières salles m’a de plus en plus intrigué vers la fin de l’exposition, où des thèmes banals – la météo, une visite chez le dentiste – sont exploités dans des courtes séries très parlantes malgré leur apparente désinvolture. La richesse des techniques employées – Hyber peint à la peinture à l’huile diluée avec du White Spirit, colle des bouts de bois, use du rouge à lèvres, griffe la toile au fusain, y colle toutes sortes de choses parfois très volumineuses, fait des ready-made, etc – et des thèmes traités de manière figurative ou non, nous plonge profondément dans son univers de manière intime, et qu’on aime ou qu’on n’aime pas, je pense qu’on ne peut ressortir de cette exposition assez pensif.

Je vous invite à consulter le PDF du dossier pédagogique de l’exposition, bien fait et très complet.

Points forts de l’exposition :
  • le travail très personnel de l’artiste sur la scénographie : l’accrochage, les cartels, le parcours précis
  • les médiateurs très accueillants et disponibles, mais qui laissent aussi regarder les oeuvres sans vous déranger
  • les cartels, à même le mur, inscrits par la main de l’artiste, en français et anglais
  • l’accrochage linéaire que l’artiste a aussi su par moments rendre dynamique avec plusieurs rangées ou tout un mur recouvert
  • les POF très variés permettant de dynamiser et de rythmer l’exposition

Jakob Tuggener, Fabrik : une épopée industrielle, 1933-1955 – Pavillon Populaire (Montpellier)

Jakob Tuggener, Fabrik : une épopée industrielle, 1933-19543
Pavillon Populaire (Montpellier)
1er Juillet – 18 octobre 2015

   Généralement, les expositions au Pavillon Populaire de Montpellier ont toujours la même configuration, mis à part la grande salle centrale du rez-de-chaussée, dont la taille permet quelques modulations. L’exposition des photographies de Jakob Tuggener est la première expo au Pavillon que je visite qui se déroule seulement sur un niveau. Généralement les expos se poursuivent au premier étage. Mais cette rétrospective là n’avait pas besoin d’autant de place et l’espace qui lui est accordé est suffisant.


   Je n’ai pu faire cette expo dans le bon ordre à cause d’une visite guidée qui avait lieu dans les premières salles lorsque je suis arrivée. J’ai donc commencé ma visite par la fin. Mais cela ne m’a pas du tout perturbée. Ceci est surement du à la thématique et aux bornes chronologiques assez resserrées de cette rétrospective : années 1933 à 1953, qui retrace le travail de Tuggener pour son ouvrage Fabrik, et la poursuite de cette série de photos industrielles même après la publication du livre.
   Dans les quelques salles, les photographies, tout en suivant un discours cohérent, sont mélangées, comme c’est le cas dans Fabrik. On retrouve des portraits de Berti, une coursière de l’usine MFO, pour laquelle travaille l’artiste en tant que photographe, dans presque tous les espaces du Pavillon. Les salles ne rassemblent donc pas des sujets, des périodes ou des endroits mais davantage une ambiance créée par les photographies pour rendre compte du monde industriel des usines.
   Dans la salle centrale sont exposées les pages du livre Fabrik du photographe, publié en 1943. C’est d’ailleurs cette grande salle qui a le plus été aménagée pour l’exposition. D’habitude accessible directement depuis l’entrée, pour cette expo, on y rentre seulement après avoir traversé les petites salles en enfilade des deux cotés. Ce qui fait qu’à la place de l’habituel accès principal – qui est devenu, le temps de cette exposition le fond de la salle – une salle de projection où sont diffusés 4 ou 5 films de Tuggener. C’est la première fois que je retrouve une salle de projection vidéo au Pavillon Populaire, et cela me surprend agréablement de voir qu’un effort de nouveauté en matière d’équipement et de scénographie a été fourni.
   Le reste de la grande salle est traversé par deux grandes vitrines centrales placées en diagonale où l’on observe les doubles pages de l’ouvrage Fabrik. La majorité des photos qui s’y trouvent sont déjà accrochées aux murs des salles, mais cette manière d’exposer un bouquin permet de voir le travail de cet artiste qui a beaucoup travaillé pour la publication et la diffusion de ce livre. Ces deux vitrines rappellent les diagonales menant vers les points de fuite dans ses photographies.
   Pour le reste de l’accrochage, il reste très sobre, avec les photographies mises sous cadre noir fin et accrochées à la même hauteur et à intervalles réguliers, donnant une scansion à la fois rythmique et statique rappelant le travail à l’usine dont Jakob Tuggener nous livre les coulisses.
   L’éclairage plus ou moins tamisé de certaines salles, où tous les murs sont d’un gris clair participent à la mise en valeur de ses clichés exclusivement en noir et blanc. Seule une reproduction sur le mur, dernière image de l’exposition (que j’ai vu en premier, ayant commencé l’expo à rebours) comporte des inscriptions en rouge.




   Pour finir, en ce qui concerne le travail de Jakob Tuggener, j’ai été touchée par ses portraits de travailleurs d’usine, qui sont très vivants puisque pris sur le vif – certains tirages sont un peu flous du fait du mouvement – et en gros plan, avec des clichés de têtes coupés au niveau du buste.

Musée océanographique de Monaco

Je n’ai pas fait beaucoup d’expositions ni de musées cet été mais c’est bientôt la rentrée (seulement dans dix jours pour moi) et je vais reprendre assidûment la fréquentation de lieux d’expositions.

Musée océanographique de Monaco
site du musée

Une des visites qui m’a le plus marqué cet été est celle du Musée Océanographique de Monaco. J’avais décidé de ne pas faire d’article dessus au début, mais je souhaitais quand même mettre quelques photos et vidéos de cette prouesse de mise en scène qui est à la fois très attractive, pédagogique, interactive et esthétique. Je ne rentrerai pas dans les détails, je préfère juste commenter brièvement les photos et vidéos que je mets ici, et vous dire d’y aller un jour dans votre vie.

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Porte-cartels originaux à la Collection de Voitures Anciennes de S.A.S. le Prince de Monaco au Palais du prince de Monaco

L’Exposition de la Collection de Voitures Anciennes de S.A.S. le Prince de Monaco

   Bien que le grand espace où est exposée la collection de voitures du Prince de Monaco ne paye pas de mine – le carrelage beige fait davantage penser à une cuisine qu’à une galerie d’exposition… – j’ai trouvé l’idée de faire les porte-cartels avec des pièces détachées de voitures ou de carrosses très chouette. Cette touche discrète, seul « décor » muséographique donne un coté original à l’aspect assez ennuyant de la grande salle.


Musée des Beaux Arts de Nice Jules Chéret : exposition Raoul Dufy

Musée des Beaux Arts de Nice Jules Chéret
et son exposition Raoul Dufy, la promenade comme motif, jusqu’au 4 octobre 2015
   Dans le cadre de l’inscription de la promenade des Anglais au patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville de Nice organise dans tous les musées et galeries des expositions en rapport avec cette mythique avenue (en savoir plus ici). Actuellement, au musée Jules Chéret se déroule au premier étage une exposition consacrée à Raoul Dufy.

Jean Coulon – Hébé, plâtre

   J’ai débuté ma visite par le premier étage où se trouve l’expo. Une belle scénographie d’introduction nous y mène : une grande sculpture en plâtre de Jean Coulon nous accueille au palier de repos au sommet du premier escalier. Celle-ci est entourée de miroirs permettant de la visionner de tous les cotés sans tourner autour en profitant du jeu optique. Deux bras d’escalier mènent ensuite à l’étage où une grande salle illuminée par une baie vitrée allant du sol au plafond nous présente deux sculptures de Rodin (Le Baiser et l’Age d’airain) qui sont sublimées par la lumière naturelle.

   Nous pénétrons ensuite dans les salles consacrées à l’exposition de Raoul Dufy et à ses œuvres célébrant la baie des Anges et la mer. Une belle coloration des murs aux tons marins – bleu, violet, blanc et mauve – mettent en valeur les toiles où se retrouvent ces couleurs pastel. J’ai apprécié le choix d’une bande colorée mauve sur fond blanc pour accrocher les toiles, qui met les tableaux davantage en valeur qu’un mur monochrome.

   Les tapisseries et les vases sont rehaussés par un accrochage assez simple : une des tapisseries est simplement suspendue sans cadre, tel un rideau, à coté de l’huile sur toile ayant servi de modèle. Les céramiques de la dernière salle sont présentées sous verre sur des socles individuels de taille variable et décalés les uns par rapport aux autres ce qui donne une impression à la fois de simplicité et de dynamisme.

Huile sur toile de Dufy et tapisserie d’après le tableau

   Le parcours continue avec une des pièces phare des collections du musée : un Christ en croix de Bronzino et des retables régionaux séparés de la première partie du premier étage par des voiles blancs opaques que l’on trouve également à l’entrée de l’exposition de Dufy. Dans cette salle consacrée à l’art sacré un éclairage venant de l’intérieur des rambardes crée une atmosphère un brin mystique puisque l’ombre des cadres des vieux retables est projetée aux murs et forme des sortes de tours gothiques.

Salle d’art sacré
   Suivent ensuite deux salles à l’ambiance différente, avec un sol recouvert de parquet et un éclairage plus traditionnel. L’une est consacrée à l’école de Barbizon et est aux couleurs vertes et l’autre aux arts asiatiques dans une tonalité corail soutenu rappelant l’exotisme de cette région lointaine. De petites estampes de Hokusai sont présentées dans une vitrine centrale, et une grande peinture à l’encre et couleurs sur soie de 16 mètres (Le Voyage d’inspection de l’empereur Qianlong dans le sud de la Chine) à la qualité exceptionnelle est présenté sous vitrine avec au dessus un écran montrant certaines scènes non visibles par les visiteurs.
   La dernière salle de l’étage est consacrée à Jules Chéret, un peintre et affichiste mort à Nice en 1932 et qui a donné son nom au musée. Ses toiles aux colorations acides sont accrochées sur des murs couleur bleu nuit formant un fort contraste des meubles et des objets décorés par cet artistes ornent également cette salle ce qui en fait l’espace le plus accueillant de l’étage car rappelant un salon du 19ème siècle.

Salle consacrée à Jules Chéret

    On quitte le premier étage en passant entre les voiles de la salle consacrée à l’art religieux puis par le grand hall vitragé. En descendant l’escalier on ne peut s’empêcher de s’arreter de nouveau devant les reflets multiples de l’oeuvre de Coulon.

Rez-de-Chaussée
   En descendant au rez-de chaussée, on est attiré par la belle lumière verte du jardin d’hiver où un piano Erard décoré par deux artistes ainsi que des sculptures du 19e siècle sont présentés. La verrière laisse passer les rayons du soleils qui donnent une agréable impression d’apaisement, consolidée par les quelques plates en pot qui ornent les angles de la salle.

Le jardin d’hiver

   Le restant du rez-de chaussée est plus classique : murs blancs présentant des tableaux des XVIIIe et XIXe siècles. À noter dans la scénographie : des bouts de fresque en trompe l’oeil qui semblent émerger du mur au dessus des tableaux, ainsi qu’une double encadrement assez singulier pour un petit Delacroix afin de le mettre davantage en valeur.

   Le parcours, pas très riche en œuvres d’art donne finalement l’impression d’une collection étoffée, car savamment agencée et présentée à certains endroits avec beaucoup de gout et de subtilité ne serait-ce que dans le choix des couleurs des supports ou dans l’articulation des différentes sections des collections.

Les points forts :

  • des œuvres placées à des endroits stratégiques dans les pièces palliant une collection pas très étendue
  • un choix très judicieux de couleurs pour les salles en fonction des thématiques présentées au 1er étage
  • toujours au 1er étage, un bel éclairage dans la salle d’art religieux 
  • la magnifique mise en scène de la sculpture de Coulon qui fait le lien entre le RDC et le 1er étage
  • un véritable jardin d’hiver dédié aux sculptures sublimé par un piano en plein milieu de la salle
Les points faibles :
  • des prises visibles avec parfois des parties mâle posées débranchées juste à coté, ce qui est disgracieux et dangereux
  • une assez forte disparité entre le 1er étage et le RDC, l’étage étant plus moderne
  • absence de prospectus et aide à la visite (plan, cartels avec descriptifs pour certaines œuvres, etc)

Cartels « Staff pick » au Asian Art Museum de San Francisco

   Je suis tombée sur le post d’une amie sur Facebook qui a pris en photo des cartels un peu particuliers au musée des arts asiatiques de San Francisco (USA). Ce sont des descriptions d’œuvres choisies par un des membres du personnel du musée – femmes de ménage, gardiens, tec. – où ils expliquent pourquoi ils aiment bien cette oeuvre et ce qu’elle leur évooque.
   Je trouve le concept très sympathique, c’est parfois agréable d’avoir les impressions de personnes qui n’étudient pas l’art mais qui font part de leur ressenti vis à vis d’une oeuvre de musée. On se détache du coté scintifico-monotone du parcours pour lire ainsi un avis d’une personne qui côtoie cet objet tous les jours d’une manière singulière, sans être un visiteur, mais sans en être un connaisseur.
   Merci Ana d’avoir partagé l’info !