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Expositions temporaires

Dernier repas à Pompéi. Musée de l’Homme.

Exposition “Dernier repas à Pompéi”
Musée de l’Homme
8 juillet 2020 – 4 janvier 2021
(dates modifiées suite à la pandémie)
Page de l’exposition

L’éruption du Vésuve en l’an 79, qui a englouti Pompéi et Herculanum, vous a toujours fasciné ? Alors faisons un tour virtuel (confinement oblige) au Musée de l’Homme pour visiter l’expo “Dernier repas à Pompéi” !

Découvrez comment on mangeait dans les villas romaines il y a 2000 ans, à travers des collections exceptionnelles tout droit venues d’Italie du Musée archéologiques national de Naples, mais surtout une scénographie fraîche et colorée, avec des éléments de médiation ludiques et agréables à l’oeil.

Faisant écho à la saison “gourmande” du musée, avec leur exposition fait maison “Je mange donc je suis” (qui s’est achevée le 31 août 2020), “Dernier repas à Pompéi” est un voyage dans le temps à la découverte des vestiges alimentaires mis au jour sur les chantiers de fouilles des deux cités antiques, et ayant permis de reconstituer les habitudes alimentaires des romains.

Teaser de l’exposition « Dernier repas à Pompéi » © Musée de l’Homme

La scénographie générale

L’exposition s’étend sur le Balcon des Sciences, un espace de 320m² situé au dessus de l’atrium, baigné par une lumière naturelle. Le plan de l’exposition évoque la villa des Mystères, une des plus visitées du site de Pompéi. L’espace dédié s’y prête donc à merveille. Le visiteur a l’impression de se promener dans les différents espaces d’une villa romaine !

Plan de l’exposition © Museographies.com

Pensée sous la forme d’une déambulation thématique autour des différents espaces de la villa pompéienne – la boulangerie, la cuisine et la salle à manger –, l’exposition permet d’explorer les différentes habitudes culinaires romaines.

Dossier de presse de l’exposition

La scénographie est très agréable. Les couleurs choisies – du rouge ocre, du jaune citron, différentes tonalités de turquoise – évoquent les fresques romaines présentes dans les villas. Une frise factice courant sur les plinthes parfait l’illusion du décor.

Vue de l’exposition © MNHN – Jean-Christophe Domenech

Des reproductions de peintures et de fresques habillent les murs. Une partie du sol de l’Atrium du musée, au-dessus duquel se trouve l’exposition, vient s’orner d’une création graphique rappelant une mosaïque, comme dans une vraie villa romaine.

Dossier de presse de l’exposition
Sol de l’Atrium du Musée de l’Homme, avec une création graphique rappelant une mosaïque romaine © Museographies.com

D’autres éléments de scénographie participent à l’ambiance : des étagères avec des aliments factices, des citations inscrites sur les murs, une typo fantaisiste d’inspiration antique utilisée dans les titres et entêtes, etc. L’ensemble, qui aurait pu faire un peu “kitsh”, est bien maîtrisé : on a un peu l’eau à la bouche et les différents coloris se marient à merveille.

Aliments factices © Museographies.com

La configuration de l’espace de déambulation a nécessité une réflexion sur la présentation des objets : seul le côté intérieur peut accueillir de larges vitrines, le côté extérieur – se trouvant à la droite du visiteur -, pouvant seulement accueillir des expôts de taille réduite ou en deux dimensions. En prenant en cela en compte l’espace a été très bien exploité.

Vue de l’exposition © MNHN – Jean-Christophe Domenech

Le propos scientifique général est facilement abordable pour le grand public : tout au long de l’exposition, le visiteur est confronté à des définitions en lien avec la consommation de nourriture et/ou l’archéologie. Ces définitions sont souvent complétées par une comparaison explicite avec notre quotidien. Par exemple, une vitrine présente un condiment antique appelé garum, le nuoc-mâm antique.

Vitrine présentant le garum © Museographies.com

Comme à mon habitude, je vous emmène faire un tour détaillé de l’exposition, en décrivant les différents éléments scénographiques de chaque espace. Commençons donc !

Taberna

Comment les romains se procuraient-ils à manger ? En pénétrant dans l’espace d’exposition, le visiteur découvre un premier élément de scénographie rappelant un four sur lequel cuisent des oeufs au plat, juste à côté, une vitrine présente du pain calciné.

Début de l’exposition © MNHN – Jean-Christophe Domenech

En face, un panneau explique ce qu’est la taberna – un lieu de stockage ou de boutique dans les villae romaines – ou un thermopolium l’équivalent de nos fast-foods, ou bien quels sont les autres moyens d’approvisionnement en nourriture des romains. Des reproductions de fresques illustrent le propos.

Vue de l’exposition © MNHN – Jean-Christophe Domenech

La cuisine

L’espace suivant est consacré à la cuisine. On y rencontre en guise de décoration, des étagères présentant de la nourriture factice, qui était consommée durant l’antiquité. On y retrouve des aliments aussi divers que des citrons, des crevettes, de l’ail, etc…

Vue de l’exposition © MNHN – Jean-Christophe Domenech

Une première série de vitrines témoigne de la diversité des préparations culinaires à travers la présentation de différents ustensiles de cuisine. On y retrouve par exemple une cocotte, une poêle, une louche, ou encore un moule à gâteau en forme de coeur.

Vitrine témoignant des diverses préparations culinaires © Muséographies.com
Poêle et louche en bronze © Muséographies.com
Moule à gâteau en forme de coeur © Muséographies.com

L’ouverture donnant sur l’escalier principal du musée est comblée par une cimaise accueillant d’une part le texte d’introduction à l’exposition, et d’autre part le plan de l’expo (bonne initiative !), mis en parallèle avec le plan de la villa des Merveilles dont il est inspiré.

Panneau de présentation de l’exposition © MNHN – Jean-Christophe Domenech

Ce parti pris d’introduire le propos après une brève immersion dans l’expo me paraît audacieuse mais forte de sens : on commence la visite comme on pénètre dans une maison qu’on ne connaît pas. On découvre après seulement quelques pas où nous nous trouvons ; mais la présence du plan de l’exposition permet de ne pas nous déboussoler. Contextualisée, la visite peut ainsi continuer sereinement.

Mais que cuisinaient les romains ? C’est ce que nous pouvons découvrir grâce à la vitrine suivante, où des restes d’aliments carbonisés retrouvés à Pompéi et Herculanum sont exposée. Noix, oignons, figues, grenades… Des aliments qui figurent sur nos tablées encore aujourd’hui, et sur lesquels quelques informations concernant leur domestication sont présentes sur les cartels.

Vitrine des aliments carbonisés © Muséographies.com

Au bout de cette première allée, dans l’angle, se situe une vitrine présentant un accessoire important dans les cuisines romaines : une balance à poids en bronze du Ier siècle.

Balance à poids © Muséographies.com

La cuisine romaine se caractériel par l’utilisation abondante d’épices subtilement mélangées pour en faire ressortir les contrastes de goûts. Le sucré est associé à l’acide, le miel au poivre.

Cartel de la balance à poids

Sur le mur du fond, une belle reproduction d’une fresque de la maison du bracelet d’or à Pompéi (30-35 de notre ère) invite le visiteur à la contemplation.

Reproduction d’une fresque su triclinium d’été de la maison du bracelet d’or à Pompéi
© MNHN – Jean-Christophe Domenech

Le lararium

L’évocation d’un laraire, lararium, autel destiné au culte des Lares, permettra aux visiteurs de l’exposition de découvrir deux statuettes représentant les dieux du foyer. Davantage considérés comme des génies protecteurs que comme de véritables divinités, ils sont souvent vêtus d’une tunique courte, couronnés d’une guirlande de feuilles de lauriers et portent une corne d’abondance pour garantir la prospérité de la famille. Bienveillants, ils président aux repas et aux joies simples de la vie familiale.

Dossier de presse de l’exposition
Lararium © MNHN – Jean-Christophe Domenech

Ce lararium évoque un petit théâtre de marionnettes, la mise en scène rappelant l’autel sacré.

Arrivé là, le visiteur se trouve à la moitié de l’exposition, et peut admirer une jolie perspective jusqu’à l’entrée, ainsi que la reproduction de la mosaïque à l’étage d’en dessous.

Vue perspective de l’exposition avec vitrine d’objets en verre © Muséographies.com

La salle à manger

La visite se poursuit avec l’évocation des fastes de la salle à manger, appelée le triclinium. Deux banquettes rouges placées dans l’angle invitent le visiteur à imaginer un repas somptueux allongé dedans – mon rêve de manger ainsi ! Malheureusement, on ne peut s’asseoir sur ces banquettes – j’ignore si c’est à cause de la pandémie ou bien parce que ce sont de simples décoration.

Evocation du triclinium © MNHN – Jean-Christophe Domenech

Le luxe de ces repas est aussi évoqué par une vitrine présentant des objets en verre – un matériau coûteux à cette époque.

Enfin, une fresque ainsi que le texte qui l’accompagne parlent des bonnes manières dans les banquets romains. Saviez-vous qu’il fallait se laver non seulement les mains mais aussi les pieds pour ne pas salir les lits de banquets ?

Les bonnes manières à la romaine © MNHN – Jean-Christophe Domenech

Les banquets romains étaient régis par un certain nombre de « bonnes manières » dont on a retrouvé la trace grâce à l’analyse iconographique des fresques et à la lecture d’auteurs comme Apulée, Martial ou encore Cicéron. Certaines étaient peintes à même les murs à la manière de graffitis pour dénoncer les « mal élevés »…
Pour les occasions spéciales, les invités portent des couronnes de fleurs et se parfument. Ils élisent le roi du festin qui doit définir le nombre de coupes de vin que les invités vont boire.
Tout invité, tout citoyen romain, doit faire preuve de contrôle et ne pas s’effondrer sous les effets de la boisson.

Dossier de presse de l’exposition

Dans la troisième et dernière allée du parcours, se trouve une vitrine présentant de la belle vaisselle qui se trouvait sur les riches tablées romaines. On y retrouve notamment un rhyton à tête de cerf ou encore un pichet anthropomorphe.

Vitrine de vaisselle romaine © Muséographies.com
Vitrine de vaisselle romaine, détail © Muséographies.com

Enfin, un livre d’authentiques recettes romaines se trouvant à disposition du visiteur achève cette section (du gel hydroalcoolique se trouve près de l’ascenseur pour pouvoir le feuilleter). On y retrouve des recettes adaptées avec des aliments d’aujourd’hui. En voici une – végétarienne – qui m’a paru bien gourmande :

Livre de recettes © Muséographies.com

L’espace “laboratoire”

Ce dernier espace de l’exposition aborde le sujet sous un angle plus scientifique, en explicitant le fonctionnement, les objectifs et les conclusions de recherches scientifiques.

L’espace laboratoire © Muséographies.com

Qu’est-ce que l’archéobotanique ?

L’archéobotanique rassemble les disciplines scientifiques étudiant les vestiges d’origine végétale en relation avec les sociétés humaines du passé.
Les archéobotanistes s’intéressent aux fruits, graines, feuilles, fleurs, grains de pollen, bois, charbons de bois et phytolithes découverts dans les sites archéologiques.
Les carpologues sont spécialisés dans l’analyse des fruits, graines alimentaires et condiments.

Cartel de l’exposition

Des vitrines explicitant le travail des scientifiques, leurs méthodes, leurs outils, nous mettent à la place des chercheurs. Il y a même un microscope – que les visiteurs auraient pu utiliser s’il n’y avait pas d’obligation de mise en place de normes sanitaires…

Un exemple concret est donné avec l’observation des différents types de céréales utilisées à l’époque : plusieurs types d’épis séchés – blé, épeautre, orge, etc. – sont accrochés pour que nous puissions les observer et les différencier.

L’espace laboratoire © Muséographies.com

En étudiant tous ces restes – aliments calcinés, graines, etc. – il a été possible d’établir une carte mondiale des circulations de marchandises, et comprendre comment par exemple le millet, venu de Chine, a pu se répandre en Europe. Un véritable aperçu à 360° de ce que permet la recherche scientifique !

Carte des routes des espèces alimentaires dans l’antiquité © Muséographies.com

Les exemples et le propos sont très clairs et mettent vraiment en valeur le travail des scientifiques et comment celui-ci permet d’établir et de confirmer des hypothèses, de faire des découvertes, de reconstruire des cartes, etc.

Pour clore l’espace laboratoire, une vidéo des chercheurs de l’université de Naples complète le propos.

vidéo des chercheurs de l’université de Naples © Muséographies.com
Eruption du Vésuve en 1820, Camille de Vito

La visite s’achève par une grande reproduction d’une gouache intitulée “éruption du Vésuve en 1820” de Camille de Vito.


Points forts de l’exposition :

  • Une scénographie fraîche et colorée, beaucoup d’accessoires de décor.
  • Un parcours original adapté à l’espace dans le musée et inspiré d’une villa romaine
  • Un propos juste, propre à satisfaire les curieux. Pas trop de texte, définitions accessibles, un ton léger et abordable
  • Une variété d’objets et dispositifs de médiation

Points faibles de l’exposition :

  • Pas d’assises, même si l’exposition est courte
  • Peu de documentation hors de l’exposition : pas de catalogue, ni de dossier de presse fourni, ni de livret jeu enfant
  • Le côté décoratif peut peut-être agacer (mais moi, j’ai aimé !)
  • Parfois, cartels trop succincts, pas de cartels pour les reproductions de fresques
  • Finalement assez peu d’objets, mais ils sont suffisants pour soutenir le propos de l’exposition.

Ayant participé à la communication de cette exposition sur les réseaux sociaux, j’ai pu réaliser une story le jour de l’inaugurations sur le compte Instagram du Musée de l’Homme :
👉 Story de l’exposition « Dernier repas à Pompéi »

J’ai également rédigé un article dessus sur le site du musée de l’Homme :
👉 bit.ly/ArchéologiePratiquesAlimentairesRomaines


Informations pratiques :
L’exposition « Dernier repas à Pompéi » a lieu du 7 juillet 2021 au 4 janvier 2021 (dates susceptibles de changer suite à la pandémie) au Musée de l’Homme, 17 Place du Trocadéro, 75016 Paris.

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