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Expositions temporaires

Leonard de Vinci. Musée du Louvre.

Léonard de Vinci
24 octobre 2019 – 24 février 2020
Page de l’exposition

C’est l’exposition du siècle, clament certains journaux. Ma mère, une fan incontestée de Léonard, avait pris les billets deux mois avant l’ouverture : la réservation est obligatoire pour voir les œuvres du grand maître, comme ça a été le cas pour l’expo Vermeer en 2017. Mais trois ans plus tard, on constate de nettes améliorations de la part de l’institution pour son exposition phare.

Première surprise : au premier abord, pas tant de monde que ça, alors que nous sommes samedi matin, en période de vacances (nous avons visité l’expo durant les vacances de la Toussaint, début novembre). Les salles sont assez spacieuses, et tous les textes d’œuvres et de salles devant lesquels stagne toujours le flux de visiteurs se trouvent regroupés dans un petit livret fourni, disponible à l’entrée en plusieurs langues. A côté des œuvres, seulement l’essentiel : un cartel sommaire avec nom, auteur, technique, et institution de prêt. La muséographie s’en trouve très épurée et la circulation aussi. Bien souvent, les gens se sentent obligés de lire tous les textes de salles. Ici, il faut faire la démarche d’ouvrir le livret si l’on souhaite en connaître davantage sur telle esquisse ou tel bas-relief. De grand numéros surplombent chaque artefact pour s’y retrouver clairement.

Seuls des panneaux introduisant chaque section comportent du texte, ainsi que deux ou trois panneaux de contextualisation historique.

Panneau de salle de la première section

1 – Ombre, lumière, relief

La première salle annonce le ton : pas de prolifération d’oeuvres de Léonard, mais d’autres œuvres se référant à la genèse de son œuvre, comme une sculpture de bronze monumentale de Andrea del Verrocchio, L’Incrédulité de saint Thomas, qui est magnifiée avec un éclairage sur la figure du Christ.

Andrea del Verrocchio, l’incrédulité de saint Thomas

Dans chaque section de la salle en demi-cercle, des estampes ou détrempes sur toile, attribuées au maître ou a l’élève rappellent ses débuts dans la peinture.

Première salle de l’exposition

Dans la deuxième salle on retrouve de grandes réflectographies infrarouges, des esquisses et des bas reliefs. Le parti pris est fort : on décortique les oeuvres et y décelant des inspirations de paysage à la Memling, une attention prêtée au travail du trait, l’héritage d’autres maîtres, etc. La première section ne comporte aucun tableau de da Vinci mais la richesse du propos parvient à satisfaire la curiosité d’un visiteur attentif.

Les cimaises bleu nuit de cette première section rappellent celles de la salle des États récemment rénovée afin de mieux mettre en valeur la Joconde. Cette couleur fait ressortir davantage les teintes lumineuses et ocres des maîtres italiens de la Renaissance.

2 – Liberté

Léonard nomme la manière, née de la nécessité impérieuse de traduire le mouvement, « composition inculte »componimento inculto. On retrouve beaucoup d’esquisses du grand maître, mais aussi une réflectographie d’un de ses célèbres tableaux, l’Adoration des Mages, conservée à la galerie des Offices de Florence.

La réflectographie de l’Adoration des Mages révèle un dessin tumultueux, au charbon de bois et au pinceau, caractérisé par l’énergie du trait et le chaos des lavis, les perpétuelles reprises et la superposition indéfinie des idées, repentirs qui plongent les protagonistes de l’histoire dans une nuit agitée et confuse. Inhérente à cette liberté créatrice, se fait jour la tendance à l’inachèvement, destinée à devenir l’une des marques de la peinture de Léonard.

Dossier de presse de l’exposition
Détail de la réflectographie de l’Adoration des Mages de Léonard de Vinci

Le premier véritable tableau achevé du grand maître présenté dans le parcours de l’exposition est la Madonne Benois. La réflectographie présentée à proximité de l’oeuvre permet de se rendre compte des repentirs et des traits préparatoires à la confection de l’oeuvre finale.

La présence des réflectographies d’une qualité remarquable permet de pallier l’absence de certaines grandes œuvres du peintres qui n’ont pu être amenée pour l’exposition. Ainsi, c’est le processus créatif qui est mis au coeur de l’exposition.

Dans la salle qui suit, il a y d’avantage de peintures ; on passe de la pénombre à la lumière. Cependant, la majorité des œuvres proviennent du musée du Louvre : comme la Belle Ferronnière ou La vierge aux rochers. Les réflectographies de chacune d’elles ont été mises dans la salle suivante, afin de créer un effet immersif dans la salle consacrée aux peintures. Selon mon point de vue, il aurait été plus intéressant de les confronter aux originaux dans la même salle, mais l’effet n’aurait pas été si saisissant.

Réflectographies infrarouges de la Belle Ferronière et de la Dame à l’hermine

Notons que la réflectographie de la Belle Ferronière a été présentée à côté de la Dame à l’hermine, formant ainsi un émouvant et doux diptyque.

Léonard à Milan

Dans cette section, on évoque son travail de scénographe de fêtes princières, qu’il développe auprès de Ludovic Sforza. Il a notamment réalisé un somptueux décor éphémère pour les noces du duc Gian Galeazzo. C’est cet aspect de son oeuvre, assez méconnu car ayant laissé que peu de traces, qui le fit connaître et qui participa à l’agrandissement de son atelier.

Malheureusement, seul un texte de salle explique ce qu’étaient les décors princiers, et aucun artefact n’évoque ou ne représente ces décors. Une galerie de portraits réalisés par des peintres de l’atelier de Léonard — Marco d’Oggiono et Giovanantonio Blotraffio — nous conduit à la troisième section, rassemblée dans une seule grande salle.

3 – Science

L’éclaircissement des cimaises ne passe pas inaperçu lorsqu’on pénètre dans cet espace. Il s’agit de la plus vaste salle de l’exposition, présentant une quantité extraordinaire d’artefacts.

Bien qu’enrichie par des documents très divers, études d’animaux, de corps humains, de plans d’église, de formules mathématiques, de mécanique des fluides, les feuillets s’enchaînent avec les carnets et les sections étant peu distinctes, voire mélangées, ont s’y perd vite. Il aurai été intéressant de faire quelques panneaux de salle ou de cartels d’introduction par section, rappelant par exemple ses découvertes mathématiques, ou ses travaux anatomiques.

Le questionnement perpétuel de l’artiste sur le monde qui nous entoure se retrouve noyé dans ce flot de croquis que le visiteur consomme à un rythme imposé par une file ininterrompue défilant devant les vitrines où le public stagne. C’est une section difficile à aborder, où la fatigue muséale s’installe rapidement et où la quantité prend le pas sur la qualité, malgré la variété des supports et des vitrines.

4 – Vie

La liberté, ainsi accomplie dans l’élément des sciences de la nature, élève la peinture à la hauteur d’une science divine, capable de recréer le monde, et dont le couronnement est l’expression du mouvement, vérité de tous les êtres, chez ceux dont il est la propriété immanente : les vivants.

Dossier de presse de l’exposition

Une salle spacieuse toute en longueur présente des oeuvres ayant inspiré les tableaux de la maturité du peintre. On y découvre entre autres ses relations avec Isabelle d’Este, pour laquelle il réalisa plusieurs tableaux. Cette salle mène vers les derniers espaces de l’exposition.

Avant de (re)découvrir la superbe Sainte Anne, les visiteurs se retrouvent nez à nez avec le visage angélique de La scapigliata, encadré de sa chevelure ébouriffée, et retenue dans un cadre doré concentrant la lumière. Elle apparaît dans le parcours du visiteur fatigué comme une douce vision.

Vient enfin le dernier moment fort de l’exposition. La Sainte Anne, la Vierge, l’Enfant Jésus, présentée sur une large cimaise, non loin de sa réflectographie infrarouge, où l’on découvre avec stupeur les multiples repentirs de l’artiste, et accompagnée d’études du visage de Sainte Anne.

Des visiteurs admirant Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus

De cette même époque – le tout début du XVIème siècle – datent le Salvator Mundi ainsi que le Saint Jean Baptiste. L’exposition s’achève sur d’autres œuvres célèbres, avec un effet scénographique decrescendo, raccompagnant doucement le visiteur et ses émotions vers la sortie.

Léonard ne peignit qu’une quinzaine de tableaux, non pas, comme on le dit souvent, parce qu’il ne se serait intéressé qu’à la conception, ou à l’idée mais, au contraire, parce que l’exécution, prolongée à l’infini, portait chez lui toute la vérité de la science de la peinture. Si la modernité, dans la conscience de ce temps, commence avec Léonard, c’est qu’il sut, le premier et le seul, sans doute, donner à la peinture la présence effrayante de la vie.

Dossier de presse de l’exposition

J’ai apprécié les efforts considérables réalisés par le Louvre pour cette exposition concernant la scénographie : épurée, savante, suscitant la curiosité. Pour traiter un artiste aussi intouchable de l’histoire de l’art que Léonard de Vinci, le plus grand des musées a employé les grands moyens.

Bien sûr, beaucoup de choses seraient à redire : peu d’assises, parfois peu d’informations mais dans l’ensemble il faut bien reconnaître que le Louvre a tiré certaines leçons depuis l’expo Vermeer. Une meilleure gestion des flux, un épais livret disponible en plusieurs langues, un propos approfondi avec des artefacts exceptionnels, les photographies sont autorisées. Et pour les trois derniers jours de l’exposition, l’institution a généreusement ouvert ses portes durant trois nocturnes gratuites exceptionnelles pour permettre à 30 000 heureux de plus de visiter l’exposition.


Documents disponibles en ligne :

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