Mircea Cantor. Vânătorul de imagini. Musée de la Chasse et de la Nature, Paris

Mircea Cantor.
Vânătorul de imagini
15 janvier – 31 mars 2019
Page de l’exposition

En ce début d’année 2019, le petit bijou parisien qu’est le Musée de la Chasse et de la Nature est investi par un singulier artiste, qui n’a pas hésité à exploiter de manière prolifique la carte blanche qui lui a été accordée. Courez-y, c’est seulement jusqu’à fin mars !

Mais qui est Mircea Cantor ? C’est un artiste roumain qui travaille aujourd’hui entre sa contrée natale et Paris. Il a un peu plus d’une quarantaine d’années et a reçu en 2011 le prix Marcel Duchamp, ce qui lui a valu une expo en 2012 au Centre Pompidou. Il travaille sur une très grande diversité de supports, de la peinture à la vidéo, en passant par la sculpture. Il met en scène dans sa création une critique de notre société, en ayant souvent recours à des thématiques animalières. C’est donc tout naturellement que ses oeuvres ont trouvé place au Musée de la Chasse et de la Nature.

Il ne vous reste plus que quelques jours (#DerniersJours !) pour venir admirer la manière dont Mircea Cantor a pris savamment possession des espaces du MCN. Plus qu’une simple exposition temporaire, le MCN s’est encore une fois donné la peine d’incorporer véritablement le travail de l’artiste aussi bien dans des espaces dédiés qu’au sein de ses collections permanentes. Et Mircea Cantor a pleinement profité de l’occasion pour investir le musée.

La première œuvre de l’artiste que l’on croise en entrant au musée, qui est d’ailleurs la dernière visible lorsqu’on en sort est… difficilement repérable. Il faut lever les yeux au plafond, juste après avoir franchi la première porte du musée menant aux salles d’expo. Sur le plafond blanc un peu cassé du hall d’entrée, un message est écrit à la suie d’une flamme de bougie : « Ciel Variable » : œuvre-performance de par sa méthode de réalisation – il s’agit de passer la bougie pour le la fumée qui s’en dégage laisse des traces au plafond – c’est une façon étrange d’introduire son travail pour un artiste : seule les visiteurs les plus curieux auront la chance de découvrir ces mots, qui définissent l’oeuvre elle-même : ciel variable qu’est ce plafond, qu’est- cette performance, qu’est cette exposition, qu’est notre monde.

Pour la petite anecdote, cette même inscription a été effacée à la Défense il y a quelques temps, ce qui avait fait du bruit dans la presse…

Au rez-de-chaussée, habituellement dédié aux expositions temporaires, on retrouve donc la proposition de Mircea Cantor pour sa carte blanche. La grande salle a entièrement été repeinte en blanc, le parquet a été masqué par du linoléum gris… de quoi faire ressembler ces espaces du MCN à une galerie d’exposition d’art contemporain. Quel gros contraste par rapport aux salles des autres étages !
Su un pan de mur, des tapisseries bariolées réalisées par l’artiste sont accrochés à une trentaine de centimètre des murs sur des fils en nylon. Celles-ci sont réalisées à partir de vêtements militaires et brodées avec un motif de corde stylisé, cher à l’artiste.

Mircea Cantor, Tapisserie en tissu militaire avec motif de corde brodé.

Les murs derrière les tapisseries sont, eux décorés de motifs au formes géométriques ou animales. Mais ce qui est inhabituel c’est leur mode de réalisation : ceux-ci ont été peints à la main – et plus précisément avec les mains – par l’artiste, et non pas avec de la peinture mais… du vin rouge. En fonction du cru choisi, du cépage, la couleur a évolué différemment : l’une des fresques est de couleur gris-bordeaux, l’autre plus ocre. Le co-commissaire qui nous fait la visite nous affirme que lors de la réalisation, l’odeur de vinasse était très soutenue. J’ose imaginer…

Tapisseries accrochées sur des murs peints au vin rouge.

Sur le mur d’en face, Mircea Cantor a surpris les commissaires en faisant parvenir depuis le Muzeul National al Taranului Roman, qui est l’équivalent de notre MuCEM, une centaine de masques utilisés lors des fêtes de l’ours en Roumanie.

Je fais d’ailleurs une petite parenthèse ici sur la fête de l’ours : le MCN a organisé la troisième édition de cet événement le 21 février, en partenariat avec le Centre des monuments nationaux : un concert de musique roumaine à la Conciergerie a été suivi d’une magnifique parade d’une troupe traditionnelle costumée avec de véritables peaux d’ours, et a terminé au MCN, avec des performances – dont une de Mircea Cantor, qui a présidé l’événement –, une fanfare, une super DJ Set, un bar à cocktails et plein d’étonnantes performances artistiques. J’avais fait un tweet-report que vous pouvez (re)voir ci-dessous !

Revenons à l’exposition. Ces masques réalisés en restes d’animaux véritables revêtent des formes très différentes, ils sont sensés être les plus laids possible pour faire fuir les esprits. Habituellement détruits après les fêtes, ceux-là ont été spécialement collectés pour intégrer le musée de Roumanie afin de pouvoir témoigner de cette tradition. La manière dont ils sont exposés – en « horde », sans carte – est assez inhabituelle – surtout dans un contexte recréé de galerie d’art contemporain – mais le rendu esthétique est réussi : impression d’accumulation donne l’impression de se faire dévisager par ces masques.

Masques traditionnels de la Fête de l’Ours roumaine

Au milieu de la pièce, un étrange paravent prend place : celui-ci est en verre…. Un paravent transparent : quel oxymore ! Cet objet est pourtant sensé cacher, séparer. Celui-ci ne remplit pas vraiment cette fonction. Il est orné seulement d’un motif de barbelé blanc. Lorsque l’on s’approche bien près on peut découvrir que celui-ci a entièrement été réalisé avec l’empreinte de pouce de Mircea Cantor. Une oeuvre servant à la fois de sorte de cimaise-séparatrice dans la salle et d’évocation complexe de la notion de frontière et de territoire, sujets chers à l’artiste.

Mircea Cantor, détail de Breath separator, installation, 2017. (Écrans de verre marqués d’empreintes digitales traçant une clôture en fils de fers barbelés)

Dans la deuxième salle sur tout un pan de mur est diffusée la vidéo dont est extrait le visuel de l’exposition du musée : Aquila non capit muscas ; c’est un proverbe latin qui signifie « L’aigle ne chasse pas les mouches » – c’est-à-dire : Les personnes de haut rang ou les esprits supérieurs ne se préoccupent pas des futilités ou des choses insignifiantes – mais qui ici est pris quasiment au sens propre… Il n’y a pas d’humains dans la vidéo, place à l’oiseau impérial – dont l’envergure des ailes fait près de 3 mètres ! – qui pourchasse un drone, étant entraîné par les services spéciaux de l’armée. La taille imposante de l’écran de projection nous fait sentir tout petit devant cette confrontation entre l’animal et la technologie…

Mircea Cantor, Aquila non capit muscas («The eagle doesn’t hunt flies»)
3min 40 sec, color, HD video – Courtesy the artist and VNH Gallery, Paris

En retournant dans la première salle, on retrouve des dessins tracés sur du papier kraft par Mircea Cantor représentant ces scènes : si au départ on ne comprend pas bien de quoi il s’agit, le lien se fait après le visionnage de la vidéo.

Direction le premier étage pour suivre les traces de l’artiste roumain. Dans la spacieuse salle dédiée au loup et au cerf, le mur du fond est monopolisé par un écran géant blanc où une singulière vidéo est diffusée : il s’agit d’une vidéo de biche confrontée à un loup dans un espace totalement neutre, d’un blanc immaculé – un white cube où les deux animaux sont livrés à eux-mêmes. Et contrairement à ce que l’on peut s’imaginer sur le déroulé du scénario… il ne se passe pas grand-chose. Les deux bêtes s’appréhendent, se tournent autour pour finir par s’ignorer. Mais pourquoi le loup ne dévore-t-il pas le cervidé ? Parce qu’il n’est pas avec sa meute, parce qu’il n’est pas affamé ? Parce que la présence du caméra-man le dérange.. ? On n’a aucune information sur les condition exactes du tournage ni les raisons de cette inaction dans la vidéo. Le mystère plane pour déconstruire le mythe véhiculé par cette salle du loup dévoreur et du cerf victime

Dans cette même pièce, une autre intervention de l’artiste : derrière le majestueux cerf taxidemisé se trouve une grande tapisserie qui célèbre le centenaire de la Première Guerre mondiale avec des motifs traditionnels roumains.

Dans une autre salle de l’étage, l’artiste a choisi, à la manière d’une carte postale souvenir, de diffuser sur un petit écran une vidéo de la fête de l’ours – pas celle organisée le mois dernière au musée, mais celle qui a eu lieu dans les rues de Roumanie. Il s’agit des mêmes tenues et des mêmes performeurs qui ont été conviés à la Conciergerie et au musée durant les festivités dont je vous ai parlé plus haut !

Vidéo réalisée lors de la parade de la Fête de l’Ours parisienne, du 21 février 2019

Imaginez-vous que ces costumes sont très lourds, plus de 20 kilos ! Il a été assez compliqué de les ramener en France : étant des création en matière animale, ils devaient avoir un certificat. Or, transmis de générations en générations aux familles, ils n’en avaient guère. Il a donc fallu s’adresser au ministère des affaires culturelles de Roumanie pour les exporter. Enfin, aucune compagnie aérienne n’a voulu prendre en charge le transport, les peaux d’ours ont donc voyagé depuis la Transylvanie en voiture.

Le dernier espace que Mircea Cantor a pu investir est le 2ème étage du musée. C’est selon moi celui où il fait le plus écho à sa dénomination de chasseur d’images – ou « Vânătorul de imagini », titre de l’exposition. Dans cet espace, il a rassemblé des créations d’artistes contemporains de Roumanie, quasiment que des peintres. La présentation est faite de manière assez conventionnelle : les tableaux sont accrochés sur des cimaises blanches ou rouges. Les thèmes abordés dans les peintures sont ceux de la nature, et des animaux.

Il y a peu d’œuvres sculpturales dans ces deux dernières salles. On y retrouve toutefois un véritable ours brun taxidermisé provenant des collections du musée. Et pour cause : cet animal provient directement de Roumanie !

Enfin, le reste du parcours permanent est jonché d’œuvres ou d’installations de Mircea Cantor : une chaise en bois avec un motif de corde, une chèvre transformée en instrument de musique, provenant du musée roumain… Des tableaux accrochés au murs s’intégrant parfaitement aux autres peintures du musée… Le pari d’investir le musée avec goût, à la fois avec discrétion et décalage est réussi !

Je remercie Alambret Communication de m’avoir invitée à cette visite. Le communiqué de presse de l’exposition est consultable ici ! La prochaine exposition du musée mettra en avant les travaux de Théo Mercier ! J’ai déjà hâte de la découvrir, et de partager mes imrpessions avec vous.

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