Le Grand Orchestre des Animaux – Fondation Cartier (Paris)

Le Grand Orchestre des Animaux
2 juillet 2016 – 8 janvier 2017
Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris
Page de l’exposition
(un site immersif est mentionné plus bas)

   Cela faisait longtemps que je n’avais pas visité une exposition aussi agréable. Une semaine après être retournée en enfance avec le visionnage du film Les Animaux fantastiques, l’exposition de la Fondation Cartier m’a fait rêver et sourire. Emmenez-y vos enfants, vos amis, ou allez-y tout seul. Un voyage dans la jungle au coeur de Paris vous attend !

   L’exposition Le Grand Orchestre des Animaux se situe sur les deux niveaux de la Fondation Cartier. Le rez-de-chaussée offre une visite très visuelle, tandis que le sous-sol nous plonge dans un ambiance intimiste et sonore. Un agent d’accueil souriant explique tout cela à l’entrée de l’exposition, en prenant bien soin de s’adresser aux enfants sur un autre ton qu’aux adultes. On nous distribue un dépliant très lisible (noir et blanc, 8 pages, pas beaucoup de texte, bien aéré) comportant le plan de l’exposition avec les numéros des œuvres et les cartels. Les enfants ont droit à un livret dédié en couleurs, avec des jeux leur permettant de découvrir l’exposition de manière ludique.

   Avant même de découvrir la première oeuvre on se trouve confronté à un panneau nous présentant le texte d’introduction, ainsi que les acteurs de l’exposition (muséographie, lumière, etc.). Je trouve le parti pris de placer ces informations au début de l’exposition très gratifiant pour les réalisateurs de l’expo. Ce sont des choses que peu de personnes prennent le temps de lire à la sortie d’une visite, et les placer à l’entrée est pour moi aussi évident que mettre le nom de l’auteur et de la maison d’édition sur la page de couverture d’un ouvrage.

   Ce panneau nous révèle d’emblée la muséographie de cet étage. Le mariage heureux de la brique et des panneaux de bois clair nous offrent une scénographie très accueillante dans les tons et les formes : les tonalités argile et beige s’allient aux formes tout en courbes et en dents de scie, très dynamiques. 

Cai Guo-Qiang, White Tone, 2016

 

Ce panorama baigné par la lumière du jour qui pénètre par les baies vitrées cache dans son dos une installation une série de photographies de Manabu Miyazaki présentée sur trois écrans ainsi que dans des cadres. Les phots prises la nuit, avec un très fort contraste entre le fond obscur et les animaux photographiés illuminés par le flash ressortent merveilleusement sur le mur de brique.

La première oeuvre présentée est une installation monumentale de Cai Guo-Qiang réalisée sur du papier avec de la poudre à canon, spécialement pour cette exposition. On peut prendre bien cinq à dix minutes à se promener le long du piédestal d’argile pour scruter les détails de la technique innovante de l’artiste.

Série de photographies de Manabu Miyazaki

Dans le coin de cette salle se trouve l’atelier pour les enfants : assis autour d’une table, ceux-ci découpent dans du carton et du tissu des formes d’animaux, tout en pouvant profiter de la lumière venant s’infiltrer par le jardin et des très nombreuses photos qui défilent pour trouver l’inspiration.

  Dans la deuxième salle de l’étage, quelques grandes peintures acryliques très colorées et de photos grand format laissent rêveurs, tandis que des écrans vidéos diffusent des séquences vidéo de parades nuptiales d’oiseaux, accompagnés de leurs chants. Cet accompagnement sonore introduit à l’étage du bas, qui nous plonge dans une ambiance sonore immersive.

   J’ai beaucoup apprécié la superposition des différentes « couches » muséographiques de cette salle. Debout face aux écrans vidéo, on peut admirer les trois rangées de cimaises, et avoir ainsi un panorama visuel qui selon moi est très réussi. C’est un beau geste muséographique.

 

 

   D’habitude très réfractaire aux installation audio-visuelles, j’appréhendais un peu la salle du bas. Je me sens désorientée dans ces grandes pièces obscures où l’on arrive en perdant tous nos repères. En général, j’y reste trente secondes ou je n’y entre même pas. Coup de chance, ici j’arrive pile quand la vidéo reprend depuis le début. Bernie Krause, l’auteur du projet, explique son parcours et la signification de ses enregistrements. Il est bioacousticien, c’est-à-dire qu’il enregistre les bruits de la nature,c e qu’il appelle les « paysages sonores ». C’est une belle entrée en matière. Je m’installe donc.

   La très grande salle est parsemée de poufs et de coussins ou une cinquantaine de personnes sont assises et allongées. J’ai rarement vu autant de monde dans une salle immersive, ils ont tous l’air apaisés, immergés. Je me prête au jeu.

Installation audio-visuelle immersive « Le Grand Orchestre des Animaux ». Photo : Luc Boegly.

   Après avoir terminé les explications, différentes séquences sonores sont introduites par un cartel avec les dates de l’enregistrement, et le contexte historique et géographique. Bernie Kraus a fait de nombreux enregistrements aux mêmes endroits à plusieurs mois ou années d’intervalle ; par exemple aux abords d’un ruisseau qui s’est asséché au fil des années. La séquence sonore est diffusée sans images, avec simplement la représentation des fréquences sonores, qui file le long des trois murs-écrans. Cela nous laisse imaginer le paysage. En avril 2004 on entendait distinctement le bruit de l’eau, de nombreux oiseaux qui gazouillaient et chantaient tout autour. Quelques années plus tard, le ruisseau est complètement asséché. Au même endroit on ne discerne que de lointains cris d’oiseaux, l’endroit est devenu sec, calme, inanimé. La même expérience a été réalisée dans la forêt amazonienne avant et après la déforestation, dans l’océan, etc. La différence est frappante, aussi bien à l’oreille qu’à l’oeil ; le message est très fort.

 
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=xMPIPr1EPHo]

   A la sortie de la salle, quelques schémas et infographies expliquent davantage, avec des chiffres et des cartes, l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. Mais j’ai beaucoup apprécié le fait que le discours soit informatif, et non moralisateur. L’installation parle d’elle même et il n’est pas nécessaire de remuer le couteau dans la plaie…

   Enfin, la dernière salle audiovisuelle est précédée d’une série de belles photographies de… plancton. Ces micro-organismes, sublimés sur fond noir dans une scénographie très sombre ressortent tels des bijoux aquatiques. Quasi-invisibles à l’oeil nu, un court texte nous rappelle qu’ils produisent près de la moitié de l’oxygène que nous respirons, et qu’ils sont donc vitaux pour la survie de toutes les espèces dur Terre. Les cartels sont consultables dans le dépliant.

   En revanche, je n’ai pas du tout apprécié la deuxième salle immersive, où 9 écrans disposés au sol diffusaient des images de ces planctons avec des ultrasons (surement des enregistrements sonores du fond des mers). J’ai trouvé l’ambiance désagréable et suis partie au bout de deux minutes. Peut-être était-ce dû à la fatigue, à la fin de la deuxième exposition de la journée ?

Méduse Oceania armata, 15mm, France, 2012
Installation « Plancton, aux origines du vivant »

Ma visite s’est achevée par un tour à la librairie, située sur la mezzanine, et offrant une belle vue sur l’ensemble du rez-de-chaussée. La Fondation Cartier propose deux catalogues de l’exposition : un premier à un prix très abordable, 10€, qui regroupe des images des oeuvres exposées ainsi que leur cartel. Le deuxième est un très grand catalogue avec un belle couverture en dur, où sont inclues beaucoup d’informations supplémentaires (biographies des artistes, entretiens, données chiffrées, schémas, œuvres supplémentaires, etc.) ainsi que le CD d’enregistrement du « Grand Orchestre des Animaux », l’installation de Bernie Krause.

   La sélection d’ouvrages de poche est très alléchante : Les Fables de La Fontaine, Rhinocéros de Ionesco, La Métamorphose de Kafka, des extraits des Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre… On a envie de tout acheter ! J’ai finalement craqué pour une affiche de l’exposition représentant un tableau de JP Mika que j’ai adoré : Le Bruit des animaux, qui me sert désormais de tête de lit.

JP Mika – Les bruits de la nature, 2012

   En rentrant chez moi, j’ai tapé « Le Grand Orchestre des Animaux » dans mon moteur de recherche et je suis tombée sur une petite merveille… Un site interactif où l’on peut écouter différents paysages sonores et où l’on doit deviner les bruits qu’on entend. Superbe initiative pour prolonger l’expérience de visite, pour les petits aussi bien que pour les grands.



Points forts de l’exposition :

  • une muséographie travaillée, avec de beaux matériaux, une belle mise en scène des œuvres au rez-de-chaussée
  • une division en deux niveaux, l’un dédié à la vue, l’autre à l’ouïe, pour une forte expérience sensorielle
  • une exposition créée véritablement pour toute la famille : tous les expôts peuvent être appréciés par les enfants. Les livres et les ateliers enfants sont là pour faire vivre une expérience ludique aux plus petits au même titre qu’aux parents
  • Un choix d’ouvrages très pertinent à la librairie (on peut vite craquer !)
  • Une prolongation de l’expérience de visite chez soi avec le site interactif dédié, mais aussi une série d’entretiens filmés sur la chaîne Youtube de la Fondation Cartier.


Points faibles de l’exposition :

  • Finalement, un nombre d’oeuvres et d’installation assez restreint. Si l’on n’accroche pas au début, on peut vite s’ennuyer et faire le tour de l’exposition en 10 ou 15 minutes
  • Pas réellement de propos scientifique à part avec l’installation de Bernie Krause. Mais à mon sens, cela fait aussi du bien de laisser place à l’expérience sensorielle et non à un discours intellectualisant. Pour ceux qui souhaiteraient avoir plus de renseignement sur les artistes ou les œuvres, la playlist sur Youtube peut être un bon complément.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *