Museum aan de Stroom (Anvers, Belgique)

Museum aan de Stroom – MAS
   Le Museum aan de Stroom ou MAS, qui se traduit poétiquement par « musée sur le cours d’eau », est un musée ethnographique, anthropologique et maritime – bref, un musée de société – situé sur le port d’Anvers et qui a ouvert ses portes en 2011.

   Plutôt qu’une description et une critique détaillée de la muséographie, j’aimerais présenter la manière dont est très savamment agencé le bâtiment, en approfondissant par moments certains niveaux ou certaines salles. L’édifice de 62 mètres de haut, conçu par  le cabinet d’architecture Neutelings-Riedijk Architecten, offre une vue imprenable sur le début du port de la ville et sur l’Escaut. Afin de faire pleinement profiter les visiteurs de ce paysage les niveaux ont été conçus de telle manière qu’en s’élevant à chaque étage par les escalators nous avons une vue sur un coté différent à chaque fois. En somme, la configuration des étages, bien qu’identique, fait une rotation d’un quart de cercle à chaque niveau.

Coupe du bâtiment du MAS

Niveau 0 et niveau 1 : entrée

   L’entrée du musée se fait par l’arrière de l’édifice ce qui invite le visiteur à en faire le tour avant de foncer dans les salles d’expo, lui permettant ainsi de profiter de la belle architecture et de son inscription dans l’environnement.
   Le premier niveau, le rez-de-chaussée comporte les caisses dans un hall très lumineux et épuré reprenant l’architecture extérieure du bâtiment. On retrouve cela à tous les étages. La façade ocre rappelle les vieux bâtiments en brique caractéristiques de la ville, quant aux baies vitrées courbes elles font référence à l’eau, qui entoure le parvis du bâtiment. On peut également accéder à un café mais je n’y ai pas mis les pieds.

 

 

   A l’achat du ticket, un livret détaillant le contenu et l’histoire du bâtiment nous est distribué, ainsi qu’un papier expliquant comment se fait l’accès au Wifi gratuit (et fonctionnant à merveille !) et l’utilisation des QR codes. Ces derniers seront utiles pour les cartels ; leur fonctionnement est extrêmement simple, tant que cela a été la première fois que j’usais de ce système dans un musée, avant je n’étais pas adepte de ce genre de procédé que je trouvais gadget.
   Un détail que j’ai trouvé particulièrement chouette est l’utilisation d’un bracelet en papier plastifié en guise de billet, un peu comme dans les festivals. C’est plus simple pour le montrer aux gardiens de salle à chaque étage et puis ça fait un souvenir à garder plusieurs jours et également beaucoup de pub pour le musée ! Je garde en tête ce concept pour quand je serai directrice de musée…
Le ticket-bracelet d’entrée

   Au premier étage se trouvent les bureaux ainsi que les WC, ce qui permet au personnel de ne pas avoir à faire un long trajet, et à ceux qui ont des envies pressantes de les assouvir avant d’entamer la visite.

Niveau 2 : Dépôt accessible

   À l’étage suivant, la visite commence mais d’une manière inattendue. En entrant dans les salles, ce n’est pas le début de l’exposition temporaire ou permanente que nous retrouvons mais des réserves visitables, flambantes neuves, avec mise en évidence des différents types de rayonnages. Les objets y sont présentés par thématiques pour les visiteurs, il y a par exemple une vitrine regroupant des ouvrages en cheveux. Il y a des cartels explicatifs pour expliquer la logique de rangement (accessibles dans différentes langues grâce aux QR codes) ainsi que des photographies illustrant les différentes missions des restaurateurs.
Les réserves visitables
   Ainsi, avant d’entamer une visite « classique » le visiteur est confronté à l’envers du décor d’un musée et peut imaginer la manière dont les objets sont sélectionnés pour le parcours permanent. À la fin de ce niveau, on retrouve un espace dédié au repos et à la lecture avec tables, assises, et ouvrages en rapport avec les collections. Ces coins lecture et approfondissement des collections sont récurrents dans le musée.
   On sort enfin par un couloir texturé comportant un mur composé de différents matériaux à toucher – cuir, bois, papier, tissu entre autres – afin de mettre en évidence l’importance d’une bonne conservation pour les objets constitués de ces matériaux qui se dégradent facilement. Ce procédé ludique d’une dernière salle ludique se retrouve également à la fin du parcours de chaque niveau.
Texte accompagnant ce couloir texturé : « Les objets de musée sont constitués de différents types de matériaux. Ces matériaux se modifient par les contacts, la température ou l’humidité de l’air. Passez votre main sur les différentes pièces et vous verrez l’effet à long terme de tous ces contacts. »
   Autre point à noter, les portes des salles s’ouvrent toutes seules grâce à un capteur de mouvements ce qui permet d’économiser un peu de temps et d’énergie pour la visite.

Niveau 3 : Exposition temporaire

 

   Le troisième niveau est dédié à l’exposition temporaire. Celle-ci porte actuellement (jusqu’au 18 septembre 2016) sur un artiste contemporain anversois, Luc Tuymans, qui a notamment réalisé une mosaïque monumentale sur le parvis devant le bâtiment. Je ne me suis vraiment pas attardée dans cette exposition, souhaitant avant tout découvrir les collections permanentes. Mais il s’agissait principalement de portraits de personnes portant des lunettes en camaïeu de gris. Il y avait très peu d’œuvres, les tableaux étaient accrochés seuls sur de très larges cimaises, donnant une impression de vide que l’on rencontre fréquemment dans les expositions d’art contemporain.
   À la sortie de l’exposition on retrouve un long couloir avec une activité interactive en rapport avec l’expo : devant des miroirs sont accrochées des paires de lunettes à essayer afin de montrer comment cet accessoire change considérablement notre apparence. C’est amusant et cela met en perspective avec notre quotidien les tableaux de Tuymans.
Luc Tuymans – Glasses

Niveau 4 : Démonstration de puissance. Le prestige et les symboles.

   Les niveaux +4 à +8 sont consacrés à l’exposition permanente. Celle-ci s’étend donc sur cinq niveaux, avec quatre grands thèmes traités. C’est l’équipe B-architecten qui a imaginé l’intérieur des salles permanentes. A chaque étage il y a une entrée à part où un gardien vérifie notre ticket-bracelet et nous ouvre la porte. Chaque niveau débute par une salle contenant une installation ainsi qu’une sculpture sonore réalisée par le compositeur belge Eric Sleichim ; puis s’ouvre un vaste espace en « L » où sont traités plusieurs sous-thèmes. Enfin, chaque étage se termine par une salle-couloir interactive.
   Les panneaux de salles et de section sont en quatre langues (français, flamand, néerlandais et anglais), alors que les cartels ne sont qu’en une seule langue. Mais sur chacun d’eux se trouve un QR code qui permet de choisir la langue de son choix et l’objet souhaité, avec des images pour ne pas se perdre. A l’entrée de chaque salle, un dépliant disponible en quatre langues résume en quelques paragraphes chaque sous-thème et indique son emplacement dans l’espace sur un schéma sommaire. Ces feuillets sont un peu grands mais ils ont l’avantage d’être très simples avec un design sobre noir et blanc, et très bien rédigés avec des textes explicatifs donnant des notions concrètes accessibles à tous les publics.
Dépliants de salles (environ 30 cm de long)
Captures d’écran de cartels en français obtenus sur mon smartphone grâce au QR code
Le thème du niveau +4 s’intitule Démonstration de puissance. Le prestige et les symboles. Il est traité à travers six sections :
  • Section 1 : la collection des butins de guerre de l’armée de la colonie des Indes Néerlandaises dirigée par le capitaine Hans Christofel, datant des années 1900.
  • Section 2 : le pouvoir et ses attributs, montrant la diversité des manifestations du pouvoir à travers des objets de luxe mais aussi d’autres expôts revêtant une symbolique particulière.
  • Section 3 : Anvers sous la couronne espagnole : pouvoir et image de marque à Anvers durant la Révolte des Pays-Bas (1568-1648).
  • Section 4 : le pouvoir au Japon.
  • Section 5 : prestige et pouvoir Africain : Anvers, port d’entrée de l’art d’Afrique centrale.
  • Section 6 : héritage polynésien.
Plan de niveau
Vue des sections 3 (à l’arrière plan, cimaises jaunes avec un portrait de reine) et 4 (cimaises rouges et noires et vitrines transparentes)
   On voit que les sections traitent des thème historico-géographiques en rattachant certains à la cité. Par exemple la section sur l’Afrique mentionne le fait que la ville était autrefois une plaque tournante pour le caoutchouc. L’avantage majeur de ce traitement, à mon avis, est que les sous-thèmes ne sont pas équivalents entre eux, dans le sens où ce n’est pas les attributs de pouvoir d’une région ou d’une époque qui sont à chaque fois présentés, mais au contraire, on est sur des échelles différentes, ce qui dynamise la visite : la collection d’un capitaine, la vision contemporaine polynésienne, le Japon au 19e-20e siècles, la ville d’Anvers au 16e siècle. Cela offre la possibilité d’intéresser un plus large public et de donner au visiteur moins de chances de décrocher de la visite car celle ci n’est pas monotone.
   Encore une fois à la fin de ce niveau, des tables et chaises ainsi que des banquettes permettent de se reposer et de consulter des ouvrages.

 

Vue depuis la section 5 sur la section 6
Vue de la section 6

Niveau 5 : Anvers à la carte

   Le niveau 5 est consacré à la métropole d’Anvers et s’intitule Anvers à la carte. Il n’y a pas de dépliant de salle pour ce niveau car il s’agit d’expositions semi-permanentes. On y trouve des tableaux, des photos, des objets, des vidéos… un véritable portrait ethnographique de la ville ! Les cartels des vitrines sont présentés à la manière de bloc notes ou de menus (suivant les objets présentés), ce qui incite le visiteur à la curiosité face aux expôts.
En bas à gauche cartels sous forme de bloc-notes
Cartel sous forme de menu pour les élément de service de table
   Actuellement, entre autres, l’exposition présente sur une partie du niveau l’histoire de 50 ans d’immigration turco-marocaine. Des vidéos présentant des boucheries hallal et kasher expliquent la différence et le mode de fonctionnement de ces commerces. Chose très pratique : au lieu des traditionnels casques, un seul écouteur est disponible pour écouter la vidéo. Il est plus pratique à manipuler et cela coupe moins du reste du parcours.
Écouteur pour une seule oreille sur une vidéo traitant des abattoirs kasher et hallal à Anvers
   Vers la fin du parcours de la salle, un bloc est consacré… à l’histoire des WC. On se retrouve devant une rangée de portes de toilettes, et derrière chacune d’elles des toilettes de différentes époques sont présentées. À l’intérieur de ce bloc de WC une sorte de salle d’eau factice, comme dans les toilettes publiques prolonge l’effet d’immersion et explique aux visiteurs le traitement de l’eau.
Section sur les toilettes
   Dans le couloir interactif à la sortie du niveau, les visiteurs sont invités à remplir une fiche où ils indiquent ce qu’ils peuvent cuisiner, pour combien de personnes et… le numéro ou l’adresse à laquelle il faut les contacter pour déguster cela chez eux. Une sorte de système de partage de nourriture à accrocher sur des fils placés en biais le long du couloir, et à partager avec un #hashtag (que j’ai oublié…).
Fiches à remplir : que faire à manger / pour combien de personnes / où ?

Niveau 6 : Port Mondial. Le commerce et la navigation.

   Ce niveau, bien que divisé comme les précédents en plusieurs sections, ne comporte pas de cimaises occupant le milieu de la salle et offre ainsi un large panorama sur les expôts de l’étage. Des dizaines de maquettes de bateaux raviront au plus haut point les amateurs de ces artefacts mystérieux. C’est une fois de plus l’historie de la ville qui y est traitée mais sous l’angle du commerce maritime, qui fait prospérer la ville depuis des centaines d’années.
   Encore une fois, la variété des thèmes traités satisfait tous les publics :
  • Section 1 : courant sous-jacent : le commerce illégal, un sale petit jeu. On nous y explique que la contrefaçon c’est non seulement des CD, DVD et faux sacs Chanel mais aussi du « faux » lait en poudre et des médicaments, qui font des milliers de victimes chaque année… Le commerce illégal représente près de 10% de l’économie mondiale.
  • Section 2 : Célèbre ville marchande. Dans cette section on raconte l’histoire d’Anvers, depuis le hameau du 2e siècle, jusqu’au port mondial qu’est devenue la ville au 15e siècle.
  • Section 3 : Métropole. La ville d’Anvers entame son siècle d’or durant les années 1500 : explosion de la démographie, marchands du monde entier, conflits politico-religieux animent la ville.
  • Section 4 : L’Orient. Après le déclin d’Anvers en 1585, le commerce reprend peu à peu grâce à l’investissement en Orient, et notamment la création en 1723 de la Compagnie générale impériale des Indes.
  • Section 5 : Port d’ingénierie. Cette section traite des différentes améliorations du port de la ville, notamment ses agrandissements.
  • Section 6 : Un port colonial. Anvers devient un port de transit de commerce colonial important dès 1850. Beaucoup d’échanges sont fait avec le Congo
  • Section 7 : Industrie et distribution. L’expansion du port d’Anvers se fait après la Seconde Guerre Mondiale, avec l’apparition du conteneur comme unité de mesure.
  • Section 8 : Travail portuaire. Dans cette dernière section sont mis en avant le dockers, figure iconique de la ville… qui disparaît peu à peu avec la modernisation du début du 21e siècle.
   En fin de parcours, les visiteurs sont invités à laisser un message à la manière de navigateurs sur un bateau : écrits sur un papier, le mot est mis dans une bouteille en verre, qui peut être placée dans le couloir interactif qui suit et précède la sortie dans des bacs de sable. C’est poétique et cela entretient l’imaginaire de la navigation et du voyage maritime.
Messages à laisser dans les bouteilles

Niveau 7 et 8 : La vie et la mort.

   Les niveaux 7 et 8 traitent d’un double thème universel : la vie et la mort. Le premier des deux niveaux se nomme La vie et la mort. Les hommes et les dieux et est consacré aux différentes croyances : Egypte ancienne, le culte des ancêtres en Afrique, les rituels funéraires en Mélanésie,  le karma et la réincarnation en inde, le Boudhisme et les trois religions monothéistes. Chaque thème est présenté comme une unité, dans des alcôves rondes (à part pour le premier et le dernier thèmes) tout comme c’est le cas au niveau 4.
   Pour sensibiliser les enfants, un jeu des serpents et des échelles, dont un artefact en est la représentation, est disponible : on peut y jouer à quatre afin d’introduire les enfants à ces thématiques un peu compliquées à aborder.
   A la fin du niveau 7, il est demandé aux visiteurs d’écrire une prière sur une feuille de papier coloré et de l’accrocher à des fils suspendus aux murs du couloir de sortie. Ainsi, on a l’impression de quitter le niveau accompagné de bonnes ondes protectrices et apaisantes.
Jeu des serpents et des échelles
   Le niveau 8, poursuit la thématique de la vie et de la mort, avec pour sous-titre L’inframonde et le supramonde. Ce dernier étage de l’exposition permanente débute par un long couloir complètement sombre où l’on perçoit des sons et des bruits qui semblent surgir de l’au-delà. On y circule à l’aveugle, en tâtonnant les murs et on sort ébloui et déconcerté vers la dernière salle.
   On se retrouve alors nez à nez avec une vitrine consacrée au chamanisme puis la visite se poursuit avec les thèmes de la vie et de la mort en Amérique précolombienne. La présentation ressemble davantage à un musée plus classique : avec des compartiments et des vitrines que l’on trouve souvent dans les institutions muséales.
   Enfin, la dernière section du niveau interroge le visiteur sur le sens des « oeuvres d’art » exposées, en expliquant que l’idée de l’art pour l’art dans bon nombre de sociétés pose problème aux archéologiques et aux historiens. Les objets se trouvant dans les musées le sont souvent pour des raisons esthétiques, alors que ce sont avant tout des sources d’information, et que leur préciosité réside dans ce qu’ils nous révèlent sur la société qui les a conçus et non dans la rareté de leurs matériaux ou leur forme. Ainsi, la mise en vitrine très classique de ces objets, alignés sur des socles et par typologies dans la dernière section, laisse le visiteur réfléchir à la manière dont les artefacts doivent être mis en valeurs dans un musée.

Niveau 10 : Panorama

  Il m’a fallu 3h30, et encore, j’ai parcouru beaucoup de sections en coup de vent ! Comptez une grosse après-midi ou une visite en deux fois pour découvrir tout le musée.
   La visite s’achève, et l’on est invité à monter au niveau 10, où un magnifique panorama sur la ville et en début du port permet de prendre l’air (et quelques photos). En redescendant, on reprend les escalators sur les dix étages qui nous font profiter une dernière fois des baies ondulées et des façades ocres du bâtiment. En redescendant niveau par niveau, on se retrouve de nouveau projeté vers le monde réel, après ce magnifique voyage dans un musée centré sur sa ville et ouvert sur le reste du monde.

NB : A part les deux première illustrations, toutes les photos ont été prises par mes soins.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *