Warhol Unlimited – Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

Warhol Unlimited
2 octobre 2015 – 7 février 2016
Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

   J’ai eu la chance, grâce à mon stage en tant qu’assistante de rédaction chez ArchiDesignClub, d’assister au vernissage presse de l’exposition la veille de son ouverture. Je n’avais donc aucune excuse de ne pas faire d’article sur cette exposition.

   Je n’ai pas fait beaucoup d’expositions au MAM, et jamais dans cet espace là. Les commissaires de l’exposition ont axé le propos de cette rétrospective de Warhol sur son oeuvre sériel. Ils ont choisi de débuter l’exposition par deux oeuvres phares de l’artiste, à savoir des autoportraits pop et ses Campbell’s Soup. J’ai trouvé pertinent ce choix d’oeuvres, les premières étant la (re)présentation de l’artiste par lui-même au visiteur et la seconde une de ses oeuvres les plus emblématiques alliant le procédé de la série et la culture populaire à travers l’illustration d’un produit de consommation de masse américain.

Campbell’s Soup

   De cette première salle introductive, nous passons à un espace plus obscur où sont projetées plusieurs vidéos dans un espace assez restreint. Il s’agit des Screen Tests, portraits filmés réalisés par Andy Warhol de personnalités célèbres ou anonymes. Plongées dans la pénombre, mais pas dans le noir total, la présence de projections dès la deuxième salle est inhabituelle et projette d’emblée le visiteur dans la pluralité des travaux de cet artiste. Leur disposition et leur format (pas trop grand) invite le spectateur à circuler entre elles et à les regarder quasiment en même temps, à la manière de ses sérigraphies multiples, largement présentes dans la suite de l’exposition.

Electric Chairs sur papier peint vache

   Le troisième espace de l’exposition, le plus marquant selon moi, est celui où est exposée sa série d’Electric Chairs. Lors de son passage en 1971 à la Whitney Museum of American Art, Warhol choisit de tapisser l’ensemble des salles de ce papier peint criard représentant une tête de vache rose fushia sur fond jaune. Le contraste frappant entre le mur et le thème des sérigraphies qui y sont accrochées n’est pas décelable du premier coup d’oeil, ce qui crée cet effet de surprise lorsqu’on découvre de quoi il s’agit. N’étant pas un parti pris scénographique de l’exposition mais une reproduction de la mise en scène de l’artiste, cette salle provoque quand même une forte impression sur le visiteur.

Brillo boxes et Heinz boxes

   Nous sortons ensuite de cet espace qui forme un coude dans le circuit de l’exposition pour enchaîner sur plusieurs séries de l’artiste, notamment celles en trois dimensions – les Brillo Boxes et Heinz Boxes – mais aussi les portraits de Jackie Kennedy et sa série de Flowers. Le choix des formats et de l’accrochage – centré sur la répétition d’un même motif avec des cadres de même taille pour Jackie Kennedy, et au contraire sur la variation du motif pour les Flowers – font voir les différentes visées que cherchait à atteindre Warhol par ses séries.

Jackie Kennedy

Flowers
   Ce parcours sur la série sérigraphiée termine avec une salle dédiée à ses portraits de Mao, accrochés sur un papier peint représentant la tête de Mao. Un des murs a été recouvert avec 30 portraits du dirigeant chinois, en provenance du MoMa (qui ne savait pas qu’il en possédait autant !), et les trois autres murs présentent un accrochage plus traditionnel avec une seule ou deux effigies.

Mao

   On poursuit ensuite l’exposition à travers un long couloir avec des reproductions sur les murs d’affiches et photos inédites sur lesquelles nous n’avons pas le temps de s’attarder car nous sommes attirés par la musique provenant de la salle suivante. En y rentrant, nous sommes happés par quatre projections géantes nous enfermant ainsi dans un espace carré, diffusant un concert de l’emblématique groupe Velvet Underground, que Warhol à propulsé sur les devants de la scène. On peut s’asseoir quelques temps sur des sièges circulaires pour se plonger dans l’ambiance et se laisser porter par la musique.

Silver Clouds

   En sortant de cette « salle de concert », nous nous retrouvons propulsés dans un autre espace ambiancé : la Silver Factory, le célèbre atelier que l’artiste a créé en 1964. Rempli de Silver Clouds, sortes de coussins argentés gonflés et virevoltant dans les airs grâce à des souffleurs, l’espace parle à notre esprit enfant… peut être un peu, trop au point de nous faire oublier que ceci reste une installation de Warhol, et qu’il y a d’autres œuvres accrochées sur les murs (photos, reportages vidéo, etc.). Mais l’effet est bluffant et cet espace plein de vie et d’énergie est en somme assez séduisant.

   Après avoir franchi une dernière salle où une vidéo de Warhol est projetée, que l’on peut s’arrêter regarder sur des gradins (ce que je n’ai pas eu le temps de faire), nous pénétrons enfin dans la tant attendue salle des Shadows, qui est envoûtante. Les 102 tableaux, accrochés bord à bord s’étalent à perte de vue – la salle est en forme de L, on n’en voit pas le bout – sur 130 mètres de long. Mise à l’honneur dans tous les articles concernant l’exposition, j’était au début très sceptique quant à cette série, mais en la découvrant j’ai été conquise. On se laisse plonger dans ces toiles bichromes tantôt en les embrassant du regard tantôt en les observant une par une, et le temps de faire le tour de la salle, on a déjà passé de longues minutes dans l’environnement créé par ces peintures.
   Exposée pour la première fois en Europe, cette série Shadows produit un effet renversant et mérite donc toute la publicité qui a été faite autour d’elle.

   En sortant de l’exposition, nous avons droit de faire un petit autoportrait pop à la Andy Warhol dans une machine, à la manière d’un photo maton, moyennant une petite pièce. Un souvenir sympa et ludique à emporter pour se rappeler de cette exposition.
Points forts de l’exposition :
  • Les panneaux descriptifs des salles sont réalisés avec un beau graphisme et une illustration qui attire l’oeil et donne donc envie de le lire tout en le mettant en évidence
  • la vidéo, dont je ne suis pas partisane dans les expositions, est à mon avis très bien exploitée dans cette rétrospective, en étant présente à plusieurs stades du parcours et dans différents formats (grande projection, petit écran, etc.) en offrant un contenu très varié (concert, Screen Tests, interviews, etc.)
  • plus généralement, le choix pertinent est varié des oeuvre fait de cette exposition une belle rétrospective axée sur la thématique de la série, travail majeur d’Andy Warhol.
Points faibles de l’exposition :
  • Il n’y a pas assez d’espaces de repos, mais l’étroitesse des salles ne le permettrait pas
  • Il me semble qu’une introduction un peu plus large pour comprendre les origines et les visées du pop arts pour les visiteurs non initiés à ce courant aurait été la bienvenue
  • La surmédiatisation sur Shadows fait un peu oublier que cette exposition c’est aussi une belle rétrospective… à tel point que j’ai cru qu’il n’y aurait que les toiles en question !