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Expositions temporaires

Fabrice Hyber – 2716,43795m² – Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc Rousillon (Sète)

Fabrice Hyber – 2716,43795m²
du 26 juin au 20 septembre 2015
Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc Rousillon (Sète)

   Le titre de l’exposition – 2716,43795m² – renvoie à la surface des murs exploitables du CRAC par les artistes lors des expositions. Cette désignation très mathématique – Hyber s’intéresse beaucoup aux mathématiques et à la physique – lorsqu’on en connait la signification, prend tout son sens une fois qu’on met les pieds dans la première salle de l’expo. La scénographie qu’a choisi Fabrice Hyber pour exposer tout son oeuvre des 35 dernières années est atypique : on est confronté à une frise ininterrompue de toiles accrochées sans cadre, se touchant, brutes, sans cadres, sans barrière entre elles et le visiteur.

   Au premier abord ce parti pris est violent pour le regard qui se retrouve submergé par toutes ces couleurs et ces formats différents accolés les uns aux autres. Je suis restée bredouille pendant deux à trois minutes dans cette première salle en ne sachant ou poser l’oeil. Puis, au bout de plusieurs instants, on s’y habitue, on commence à isoler une toile, deux toiles et à pouvoir en observer les détails, les nuances colorées, passer la la toile suivante, à celle d’après, et ainsi de suite. 

   Cette disposition permet de suivre l’évolution du travail de Hyber presque à la manière d’un film, comme si l’on déroulait une pellicule et qu’on s’arrêtait que des cadres qui nous plaisent pour essayer de les analyser ou les comprendre.

   Autre parti pris muséographique par Hyber, ce sont les cartels, qui n’en sont pas vraiment. Les noms des toiles sont marquées au fusain à même le mur, en dessous de chaque oeuvre, avec une titre en noir pour le français et rouge pour l’anglais (merci pour l’effort des titres bilingues !), et l’année.

   Les œuvres sont placées dans un ordre strictement chronologique. Pour faire suivre l’évolution du parcours au visiteur qui aurait tendance à se dissiper dans cet océan de toiles, Hyber a élaboré un parcours bien précis, qui ne se fait pas par salle mais qui suit le long des murs. On débute celui-ci par les premières salles du RDC, mais attention, que du coté droit ; on arrive alors jusqu’à l’escalier qui mène au première niveau qu’on emprunte ; on y longe les murs dans un ordre précis pour ensuite redescendre et poursuivre la visite de nouveau au rez-de-chaussée pour la terminer dans la première salle où ses premier et ses derniers travaux se retrouvent face à face. A l’entrée de l’exposition des feuilles plastifiées avec le parcours sont disponibles. Pour aider le visiter, Fabrice Hyber n’a pas hésité à dessiner de grandes flèches de directions sur les murs afin de nous guider.

   Enfin, dernier point marquant de l’exposition, ce sont les POF, ou Prototypes d’Objets en Fonctionnement. Ce sont des installations diverses – transats de jardin, chaises, cadres, guillotine factice, chaussures en vrac, estrades en bois – qui peuvent pour la plupart être manipulées par les spectateurs dans les salles. Ainsi, les chaises et transats permettent de faire une pause durant le parcours – et puis, ça a toujours été quelque part agréable de pouvoir se dire qu’on peut déplacer des objets faisant partie d’une expo.
   Des cadres permettent de faire des photos composées, que ce soit pour encadrer les œuvres de Hyber ou de faire des selfies débiles. Le Haché est une cabine métallique de la taille d’une cabine de téléphone où l’on peut rentrer pour observer les toiles à travers des lignes, des hachures. Enfin, l’un des premiers POF, qui se trouve à l’entrée de l’exposition est un stand de… tongs, que l’on peut chausser et changer avec d’autres chaussures que l’on trouve au fur et à mesure des salles. Ces POF égayent l’exposition et divertissent le spectateur qui pourrait peut être se retrouver un peu ennuyé par autant de choses à regarder durant ce long parcours.
   On ressort de ce parcours avec la double sensation d’avoir voyagé librement dans le temps et la tête de l’artiste, et d’avoir été très minutieusement dirigé par lui par le biais de ce parcours instauré – mais pas imposé.
   En outre, le travail de Fabrice Hyber, s’il ne m’a pas touchée dès les premières salles m’a de plus en plus intrigué vers la fin de l’exposition, où des thèmes banals – la météo, une visite chez le dentiste – sont exploités dans des courtes séries très parlantes malgré leur apparente désinvolture. La richesse des techniques employées – Hyber peint à la peinture à l’huile diluée avec du White Spirit, colle des bouts de bois, use du rouge à lèvres, griffe la toile au fusain, y colle toutes sortes de choses parfois très volumineuses, fait des ready-made, etc – et des thèmes traités de manière figurative ou non, nous plonge profondément dans son univers de manière intime, et qu’on aime ou qu’on n’aime pas, je pense qu’on ne peut ressortir de cette exposition assez pensif.

Je vous invite à consulter le PDF du dossier pédagogique de l’exposition, bien fait et très complet.

Points forts de l’exposition :
  • le travail très personnel de l’artiste sur la scénographie : l’accrochage, les cartels, le parcours précis
  • les médiateurs très accueillants et disponibles, mais qui laissent aussi regarder les oeuvres sans vous déranger
  • les cartels, à même le mur, inscrits par la main de l’artiste, en français et anglais
  • l’accrochage linéaire que l’artiste a aussi su par moments rendre dynamique avec plusieurs rangées ou tout un mur recouvert
  • les POF très variés permettant de dynamiser et de rythmer l’exposition

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