HIP-HOP, du Bronx aux rues arabes – Institut du Monde Arabe (Paris)

 HIP-HOP, Du Bronx aux rues arabes
28 avril 2015 – 26 juillet 2015
Institut du Monde Arabe
   Cette exposition m’a pleinement séduite dans son ensemble, autant dans son contenu que dans sa scénographie aussi diversifiés l’un que l’autre, présentant ainsi un panorama complet d’un thème aussi vaste que la culture Hip hop en un parcours savamment agencé accessible à tous par son coté ludique et varié.
   La première salle de l’exposition annonce la couleur : on l’entrevoit derrière un mur de boomboxes de collection graffées par des célébrités. L’ambiance est… musicale : des extraits choisis de différents albums de rap et hip hop passent en boucle à fort volume en donnant de suite une envie de se balancer au rythme du flow des rappeurs. On accède à cette grande salle par un couloir étroit décoré d’un graffiti coloré et d’une carte du Bronx. Ce principe de passage étroit rappelant l’origine de la culture hip hop, issue de la rue sera repris dans l’expo.
Mur de boomboxes – Couloir d’accès à la première salle avec graffiti et carte du Bronx

    Ce premier espace, le plus vaste de l’exposition, peut être exploré pendant plusieurs dizaines de minutes : la variété des oeuvres et du matériel exposés invite les visiteurs à s’imprégner de la culture hip hop, de sa pluralité et de ses origines via des photographies, une bande son, des objets de collection appartenant à des artistes phares du mouvement (cassettes, vinyles, vêtements, accessoires, etc.), des clips à visionner et à écouter par le biais de casques audio, des oeuvres d’art contemporain également. Cette salle permet selon moi une approche sincère et simple des différentes branches du hip hop, et chacun peut se laisser séduire par un support ou un groupe d’objets qui lui sera plus parlant que les autres, pour ensuite aller découvrir les autres et finir par explorer toute la pièce.

Première salle
    On accède à la deuxième salle de l’exposition par une porte qu’il faut pousser. On atterrit alors dans un espace sombre où, au dessus d’une installation type de matériel pour DJ – platines et table de mixage sur une estrade surélevée, micros, enceintes -, trois grandes vidéos panoramiques montrent un DJ, Mr Viktor, qui explique en s’adressant directement aux spectateurs les différentes techniques du DJing : scratching, mix, etc. La salle n’est pas plongée dans un noir total ce qui évite la perte de repères contrairement à certaines salles de projections vidéos dans les expositions où l’on se retrouve brusquement immobilisés par l’obscurité. Il y a des spots lumineux, un laser de boite de nuit pour accentuer l’ambiance d’un club, et quelques photos rappelant que nous sommes dans une exposition, ce qui laisse la possibilité aux visiteurs ne souhaitant pas rester visionner les démonstrations de poursuivre leur parcours.
Deuxième salle dédiée au DJing (photo par Alina Reyes)
   Nous passons ensuite à l’étage par un escalier étroit décoré de stickers et de tags  faisant penser aux longs couloirs de métro, et aux recoins de cages d’escalier oû s’est développée cette subculture underground. La majorité des installations dans les salles qui suivent sont faites sur fond gris qui est selon moi un choix judicieux puisqu’il change du classique habillage noir ou blanc dans les expos et surtout il rappelle le béton des immeubles du Bronx, des HLM, de l’asphalte, « structures d’accueil » du hip hop depuis toujours.
Escalier menant à l’étage – Salle consacrée au vinyle
   Le troisième espace est consacré au vinyle, avec des installations assez esthétiques : vinyles et pochettes accrochés décorant un mur entier. Plus loin dans la salle, trois interviews filmés de DJs que l’on peut écouter grâce à des casques audio. Il n’y a pas d’endroit pour s’asseoir mais l’on peut se poser sur l’épaisse moquette, très agréable.
   Deux ou trois installations sont ensuite consacrées au sneakers, ces chaussures portées par les représentants et les aficionados du mouvement.
   La salle suivante concentre un espace nommé « Rap attitude » et regroupe différentes vitrines présentant les multiples facettes du rap avec des vêtements et clips vidéo écoutable par le biais de casques audio pendant depuis le haut des vitrines, ce qui donne une touche fun à cette expographie un peu classique. On peut y écouter de grands classiques comme Je danse le MIA ou d’autres morceaux moins connus chantés en arabe.
   L’espace suivant regroupe tout en longueur le long de murs gris installations d’art contemporain, fresques de graffiti et des vidéos très diverses proposées sur différents supports : petits écrans intégrés dans les cloisons, vieux écrans de télévision, un grand écran de vidéo projecteur. On retrouve des vidéos issues des archives de l’INA, des interviews – notamment celle de NTM, des extraits du film culte La Haine, divers clips vidéo de rap et de hip hop, des films documentaires comme Slingshot Hip Hop.
Deux oeuvres mettant en scène la barrière de séparation israélienne
   Plus loin, une brève partie traite des conflits territoriaux et politiques avec des photos et une œuvre mettant en scène le mur séparant Jérusalem et la Palestine mais ces thématiques géopolitiques ne sont pas développées et je trouve que l’allusion qui y est faite est pleinement suffisante.
   Au bout de ce parcours en longueur se trouve une salle avec une belle installation alliant graffitis et télévisions cathodiques diffusant un clip de rap. On peut s’y asseoir pour admirer les graffitis colorés et se reposer avant la dernière partie du parcours. Cet angle exigu est ainsi utilisé comme un espace charnière avant les dernières thématiques présentées dans l’exposition. L’installation savamment agencée invite à pénétrer dans la salle et à regarder partout autour de soi, les extraits vidéos des vieux téléviseurs faisant jongler notre regard. Une chicha qui pourrait paraître « cliché » et incongrue à un autre emplacement ferme si bien la perspective qu’on ne pourrait s’en passer.
   Dans cette dernière ligne droite, quelques vidéos de performances de danse et de graffiti regroupant différents styles de danse hip hop et nous familiarise ainsi avec cette pratique en captant notre attention : 3 écrans formant un ensemble panoramiques insérés dans des cloisons graffitées diffusent des séquences vidéo de breakdanse et de hip hop féminin et masculin montrant la diversité des mouvements et des styles. L’alternance des vidéos et leur diffusion rythmée attire l’oeil et ne permet pas de s’ennuyer. On peut choisir de visionner des extrait dans un cadre plus « intime » avec deux écrans avec casques audio.
Vidéos de danse hip hop
    Ce parcours s’achève sur une dernière salle traitant du graffiti, avec divers supports utilisés : maquettes de métro, boite aux lettres, panneaux du métro parisien, une ancienne vidéo documentaire sur les taggueurs des catacombes, des oeuvres de plusieurs street artistes, etc. Je m’attendais à trouver quelque chose de plus coloré pour une telle thématique qui clôt l’exposition, mais finalement la diversité des supports et la lorgnette par laquelle les commissaires de l’exposition on choisi d’aborder le tag est intéressante.
    Enfin des vidéos présentant le montage de l’exposition avec plusieurs graffeurs filmés en train de décorer les murs des salles sont une belle mise en abîme mettant en exergue le coté artistique de cette pratique par le biais même de cette exposition.
 Points forts de l’exposition :
  • le traitement ludique, grand public, et large du sujet qui rend l’exposition digeste et intéressante pour les gens de tous âges et horizons
  • le choix d’oeuvres et installations esthétiques, oeuvres d’art contemporain. Présence très intéressantes de textes originaux de rap, d’accessoires, de vêtements.
  • l’abondante présence de supports audiovisuels mais qui n’est pas en excédent  puisque les supports et surtout les images diffusées sont très variés
  • les ambiances sonores dans certaines salles
Points faibles de l’exposition :
  •  l’exiguïté de l’entrée de l’exposition
  • peu de bancs et d’espaces de repos par rapport au nombre de vidéos devant lesquelles on passe parfois car rester debout dix minutes de plus est un peu fatiguant
  • des casques audio qui ne fonctionnent parfois plus
  • l’absence de cartels en langue étrangère : anglais et pourquoi pas arabe (nous sommes quand même à l’institut du monde Arabe)
  • absence d’artistes représentant la nouveauté musicale hip hop (années 2010), même si je me rends bien compte que c’est difficile d’avoir du recul et présenter des artistes très actuels
  • une dernière salle dédiée au graffiti qui aurait pu être un peu enrichie avec par exemple plus de matériel de graffeur (bombes, masques, sacs, etc.)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *